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COTE D’IVOIRE :CETTE AFFAIRE DE GÉNOCIDE HANTE ANNE OULOTO ?

Une lettre ouverte à Madame Anne OULOTO, dans  laquelle l’auteur BAHIBO G. dit : «Tous les Wê ne sont pas morts, et vous en êtes la preuve vivante, vous le spécimen Wê le plus achevé. Il n’y a donc pas eu génocide ». Certainement que la ministre Anne  Ouloto vit  bien ses propos depuis le tôlé soulevé. Les réactions continuent d’atterrir sur son somptueux bureau. Et elle apprécie. En voici une.

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LETTRE OUVERTE A MADAME ANNE OULOTO

La presse nationale et les réseaux sociaux ont rapporté que lors d’une activité récente de votre ministère à N’Douci vous avez déclaré qu’il n’y a jamais eu de génocide Wê. Pour soutenir cette affirmation vous vous êtes appuyée sur un « argument-massue » qui peut se résumer comme suit : « Tous les Wê ne sont pas morts, et vous en êtes la preuve vivante, vous le spécimen Wê le plus achevé. Il n’y a donc pas eu génocide ».

Si on vous suit, au Rwanda, il n’y a pas eu génocide puisque Paul Kagamé, Tutsi, est vivant ! La Shoah ou génocide juif n’a pas existé puisqu’il y a aujourd’hui plus de 14 millions de juifs à travers le monde et que l’Etat d’Israël existe ! Vous auriez pu regarder dans un bon dictionnaire pour avoir la définition du terme génocide ! Quand j’ai lu cela dans la presse et visionné la vidéo sur Facebook, j’ai eu beaucoup de peine pour la Côte d’Ivoire dont un ministre de la République peut ainsi se fourvoyer. Mais c’est vrai que depuis 2003, la fonction ministérielle a été galvaudée par le RDR et sa rébellion.

Comme d’autres l’ont fait avant moi, je me permets donc de vous rappeler la définition officielle du mot « génocide ».

En effet, l’article 2 de la «Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide» adoptée par l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), le 9 décembre 1948, dispose : «Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

  1. a) Meurtre de membres du groupe ;
  2. b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  3. c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  4. d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  5. e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

Cette définition a été reprise in extenso dans l’article 6 du Statut de Rome le 17 juillet 1998, portant création de la Cour pénale internationale. (NB : le meurtre est le fait de donner volontairement la mort à autrui.) Au vu de ces définitions et au regard de la situation qui a prévalu en pays Wê de 2002 à 2012 peut-on affirmer qu’il y a eu génocide dans cette partie de la Côte d’Ivoire ? J’affirme, sans hésitation, OUI. En effet, trois des actes constitutifs de génocide ont été commis sur l’ethnie Wê entre 2002 et 2012.

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Meurtre de membres du groupe ethnique Wê

Le a) de l’article ci-dessus mentionné dit « meurtre DE MEMBRES du groupe » et non « meurtre de TOUS LES MEMBRES » du groupe. Un dénombrement effectué par les cadres Wê fait état de plus de 30.000 victimes tuées de 2002 à 2012 dans les huit départements du Cavally et du Guémon, les deux régions qui constituent le pays Wê de Côte d’Ivoire.

Dans un rapport de 2011, Amnesty international révèle l’existence des crimes ciblant les Wê : ” Dans l’ouest du pays, certaines personnes ont été victimes de disparitions forcées après avoir été arrêtées par les FRCI. “(…) Amnesty international a été informée de plusieurs cas dans lesquels les FRCI ont clairement dit à leurs victimes qu’ils étaient désormais « les maîtres du pays » et qu’ils pouvaient « faire ce qu’ils voulaient ». Par exemple, le 23 mai 2011, Robert Guy Dogba, âgé de soixante-et-un ans, et ses deux fils, ont été capturés par les FRCI vers 19 heures alors qu’ils marchaient entre Bédy-Goazon et Guiglo. Les soldats ont torturé Robert Guy Dogba en versant de l’essence sur lui puis ils l’ont tué à coups de machettes. Ses deux fils ont pu partir. Les soldats leur ont dit : « Vous voyez, le pays nous appartient désormais ».”

Je citerai deux autres exemples à titre d’illustration de la volonté de commettre un génocide sur le peuple Wê par les groupes armés constitués, équipés d’armes de guerre et soutenus financièrement par Alassane Ouattara, votre mentor.

Premier exemple :

Dans la seule ville de Duékoué, plus de 1.000 personnes ont été tuées les 28 et 29 mars 2011 par les rebelles des Forces Nouvelles rebaptisés FRCI 10 jours auparavant soit le 17 mars 2011 par Alassane Ouattara. “Amnesty International, pour sa part, a pu rencontrer, à Duékoué, en avril 2011, une personne qui a participé, avec des soldats marocains de l’ONUCI, au décompte des personnes tuées au Quartier Carrefour et a aidé la Croix-Rouge à enterrer certains corps. Cette personne a indiqué que 817 corps avaient été dénombrés. Le bilan de plus de 817 morts fourni par la Croix-Rouge ne concerne que le quartier Carrefour, ce qui signifie que le nombre de personnes assassinées est bien supérieur pour la totalité de la ville de Duékoué et les villages voisins.

Dans un article publié le 12 mai 2011 dans le journal français le Nouvel Observateur, on peut lire ceci : «1.ooo, 2.ooo morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l’assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d’une bataille qui a tourné à l’épuration ethnique. Duékoué est une ville infecte. L’endroit pue la crasse, la sueur, la peur, la haine, la mort. Dans l’église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d’hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme ». Tuer, tuer, tuer, la solution est toujours la même.

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La solution à quoi ? …

Une solution au conflit foncier, la guerre pour la terre, la guerre dans la guerre, pour un village, une ferme, un champ de cacao. Tuer l’autre, le grand propriétaire, le fermier, c’est laisser la terre vide, comme un cimetière fertile, à prendre là, maintenant. Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d’identité examinée.

Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d’identité ivoirienne, un nom Guéré : une balle dans la tête. Ils sont abattus. Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : « Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres ! Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !». Un camion blanc arrive. 300 personnes veulent fuir. C’est trop pour le véhicule. Une longue colonne de civils à pieds suit au pas le camion des casques bleus, sous les cris de rage des Dozos : « Pourquoi les laissez-vous partir ? Laissez-nous faire ! On va en finir avec ces agoutis [rongeurs] ! On va tuer Laurent Gbagbo, prendre vos femmes ! Vous deviendrez nos domestiques ! On vous tuera tous, jusqu’au dernier ! »

Deuxième exemple :

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, 140 Wê, dont un bébé âgé de seulement 2h et sa mère, ont été tués à Guitrozon, Petit-Duékoué et Diapahi par un commando venu de la zone sous contrôles des rebelles des Forces Nouvelles. A Diapahi, un campement habité par des Wê et des Baoulé, le commando ne s’est attaqué qu’aux Wê faisant une quarantaine de victimes parmi ces derniers en épargnant les Baoulés.

Madame Anne Ouloto, comment qualifiez-vous tout cela ? Sont-ce là les « poux qu’on cherche dans vos cheveux » ? Répondez, svp !

Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe Wê ,Des atrocités innommables ont été commises sur les populations Wê dont celles de Toulépleu. Je vous recommande de lire à cet effet, à un article paru dans le quotidien L’Inter du 19 mars 2008 et écrit par un journaliste que vous connaissez très bien, monsieur Armand B. Depeyla. Il est de Toulépleu comme vous et moi.

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En voici un extrait : « La rébellion a occupé le département de Toulépleu entre octobre 2002 et mars 2003. Elle y a commis de violents crimes de sang inimaginables, des viols et des tortures les plus cruels. Des vieillards ont été décapités, des personnes enfermées et brûlées vives dans des maisons, des femmes enceintes éventrées à l’arme blanche, des bras, des jambes et des sexes de petits garçons tranchés à la machette, des yeux crevés à l’aide de produits chimiques… »

Armand B. Depeyla cite alors les exemples de Lydie Boukéhi du village de Nézobly, de Bahibo Mélangninon, deux femmes qui se sont vu couper un bras pour l’une et une jambe pour l’autre. Il cite le cas de plusieurs femmes originaires du village de Péhé dont une certaine Mme Zonhi qui, enceintes, ont été éventrées, tout simplement, parce que les rebelles « voulaient connaître le sexe des enfants qu’elles portaient ». Il raconte le sort réservé à monsieur Kadjiké Eloi, qui, « surpris dans sa plantation, a été amputé de sa jambe à l’aide de sa propre tronçonneuse ».

Chère Madame, avez-vous connaissance du cas de Prisca, cette jeune fille de Saïbly, violée par treize rebelles en 2002 et qui est handicapée à vie. Madame Anne Ouloto, quand vous vous rendez à Toulépleu, vous arrive-t-il de voir les monuments érigés en la mémoire des personnes tuées à Saïbly (57 morts), à Guiéllé (83 morts) et dans bien d’autres localités du département ? A ces actes ignobles, ne convient-il pas d’ajouter la profanation de nos cultes, objets et lieux sacrés dont les conséquences sur l’équilibre social, psychologique et mental du peuple Wê sont incalculables sur des décennies ?

Madame Anne Ouloto, qu’en dites-vous ? Toujours des « poux dans vos cheveux » ?

Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. Madame Anne Ouloto, ignorez-vous que depuis 2011, de nombreux parents Wê sont dépossédés de leurs plantations et terres par des hommes armés et que bien d’autres ne pouvant accéder aux leurs sont confinés dans les villages ?

Les mettant ainsi dans conditions d’existence précaires pouvant entraîner la destruction physique totale ou partielle de l’ethnie Wê ?

En conclusion, Madame Anne Ouloto, élue par défaut dans le Cavally, vous dont la seule vie efface tout génocide du peuple Wê, sachez que les faits sont toujours têtus et l’histoire n’est jamais amnésique. Les crimes contre l’humanité et de génocide sont imprescriptibles pour leurs auteurs, coauteurs et complices, actifs ou passifs.

une contribution de  BAHIBO G. M.

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