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Alerte-”Université Felix Houphouët-Boigny  d’Abidjan: du bazar à la grande pagaille” Dr TRAORE D. K. Enseignant-Chercheur

Université Félix Houphouet-Boigny cocody ledebativoirien.net

”Nous écrivons ces lignes pour l’histoire, pour demain, afin de prendre l’opinion à témoin et que l’on se souvienne qu’il y a au moins eu un groupe d’enseignants-chercheurs et chercheurs qui ont osé dénoncer un système sclérosé qui a acté et systématisé l’abêtissement et l’abrutissement de dizaines de milliers d’étudiants. L’histoire nous parle et nous regarde…” Dr TRAORE D. K. Enseignant-Chercheur Université FHB.

Nous nous souvenons tous des conditions rocambolesques dans lesquelles l’année académique 2018-2019 a été achevée au forceps à l’université FHB ; des maquettes pédagogiques tronquées et amputées de cours fondamentaux, des volumes horaires d’UE majeures réduits au minimum, et comme si cela ne suffisait pas, plusieurs départements ont fini par attribuer des notes fantaisistes aux étudiants pour plusieurs enseignements non réalisés. C’est à ce prix que des diplômes vidés de leur substance seront attribués à nos étudiants alors qu’ils n’ont pas reçu même la moitié des enseignements auxquels ils ont droit. Quelle crédibilité accorder à des diplômes délivrés dans telles circonstances ? Quelle image l’université qui porte l’illustre nom du premier Président de la République de Côte d’Ivoire renvoie-t ’elle au monde extérieur ?

Quoique la plupart des départements viennent à peine de finir l’année académique 2018-2019 dans les conditions que l’on sait, il leur est à nouveau demandé de tout mettre en œuvre pour boucler l’année 2019-2020 en octobre 2020 pour ensuite enchaîner en novembre 2020 avec l’année 2020-2021. Ce qui revient à avoir trois années universitaires dans la même année 2020, du jamais vu dans toute l’histoire de l’humanité. L’administration de l’Université FHB, prétextant de la COVID-19, s’apprête ainsi à réaliser cet exploit de faire faire une année académique entière (2019-2020) en 3 mois (août-septembre-octobre), là où nous prenions voire 4 à 6 mois pour terminer un seul semestre.

Même l’université Alassane Ouattara de Bouaké, dont la plupart des départements ont entamé l’année 2019-2020 depuis février 2020, s’est donnée jusqu’à fin décembre 2020 pour terminer les enseignements. L’Université FHB s’illustre encore une fois de façon négative, une fois n’est pas coutume, en devenant ainsi la première université au monde à réussir un exploit que même des universités prestigieuses comme Cambridge et Harvard ne peuvent se permettre.

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Tout ceci avec la complicité active et passive des enseignants-chercheurs et chercheurs, professeurs titulaires, maîtres de conférences, maîtres-assistants, assistants, doyens d’UFR, chefs de département et autres, spectateurs médusés et abusés, tous devenus comme des moutons de Panurge dans une université qui fonctionne comme une véritable confrérie mystique, où les syndicats d’enseignants-chercheurs et chercheurs ont soit été muselés soit corrompus, et où les responsables d’associations d’étudiants et les délégués ont pour la plupart été achetés.

Dans les faits, il est demandé aux différents départements à l’Université FHB d’exécuter 60% des enseignements présents dans les maquettes pédagogiques, qui ont elles-mêmes été amputées de près de 50% des volumes horaires. Il s’agit ainsi de faire valider une année académique avec 60% de 50%, c’est-à-dire en tout 30% des enseignements à effectuer en 3 mois pour toute l’année académique 2019-2020 pour soi-disant éviter une année blanche afin de justifier l’utilisation du budget alloué.

En réalité, il est question ici de sauver la tête de ceux qui incarne ce système et non l’université encore moins les étudiants

Nous rappelons aux enseignants-chercheurs et chercheurs qu’ils ont une très lourde responsabilité dans ce processus de déformation et de désinstruction de plusieurs promotions d’étudiants. Nous devons comprendre que ce sont ces mêmes étudiants qui seront affectés demain dans nos lycées et collèges pour enseigner nos frères et sœurs, nos enfants et nos petits-enfants, ce sont eux qui seront dans nos hôpitaux demain pour soigner nos populations, ce sont encore eux qui sont destinés à être les cadres de l’administration publique de demain.

Malheureusement, les commanditaires de ce désastre académique ne seront plus présents pour constater les conséquences de leurs décisions hasardeuses. Leurs enfants non plus ne feront pas partie des victimes de cette hécatombe intellectuelle puisqu’ils iront pour la plupart étudier dans les meilleures universités à l’étranger où l’éducation joue un rôle prépondérant le développement des sociétés. Ne dit-on pas qu’il n’y a de meilleures ressources pour un pays que ses ressources humaines ?

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Un pays a beau avoir des ressources naturelles incommensurables, seule une ressource humaine compétente est à même d’en faire un usage intelligent. Sommes-nous convaincus, nous enseignants-chercheurs et chercheurs à l’UFHB, que celles et ceux que nous sommes en train de former au rabais aujourd’hui seront à la hauteur des grands défis de demain ? En tant que formateur et éducateur, chacun d’entre nous doit faire son examen de conscience pour mesurer la portée de nos actions et de notre silence coupable.

Comment comprendre cette vaste mascarade qui consiste à vouloir faire des cours en ligne dans une université qui ne possède ni connexion internet, ni salles informatiques et où près de 80% des étudiants ne possèdent pas d’ordinateurs portables ?

L’échec programmé de l’usage obligatoire du logiciel d’enseignement Microsoft Teams, tout comme le sort qui a été réservé à Moodle, découle de cette pratique managériale autoritariste qui consiste à imposer tout aux enseignants sans même prendre en compte l’environnement de travail. La réalité sur le terrain est qu’aucun département n’arrive à utiliser convenablement ces applications. Bon gré mal gré, chaque département, sous le coup de menaces constantes, fait comme il peut ; certains essaient les cours en présentiel dans ce contexte de COVID-19, mais la plupart expérimente une nouvelle approche pédagogique unique dans le monde entier où l’enseignant n’a plus aucun rôle à jouer sauf corriger les copies d’examen,

à savoir envoyer simplement les fascicules aux étudiants (via WhatsApp et autres applications) et considérer les cours ainsi comme fait moyennant une séance d’explication facultative d’une heure ou deux. Qu’est-ce qui a pu bien arriver à ceux qu’on considère comme les “intellectuels” et “savants” de ce pays pour qu’ils acceptent d’être des complices actifs et passifs d’un si vaste scandale académique et de ce génocide intellectuel programmé ? Sommes-nous encore conscients de la valeur et de la fonction de l’éducation dans la transformation de la société ?

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Et comme pour sonner le glas de tout cela, l’administration de l’UFHB, avec la bénédiction du Ministère de l’ESRS, s’apprête à transformer nos universités en de vastes lycées du supérieur, avec à l’arrière-plan de l’esprit des calculs financiers portant sur les heures complémentaires (encore et toujours !!!). Le projet à venir consiste en de vastes regroupements de plusieurs départements de nos universités en des départements uniques ; par exemple, les départements de Sociologie, de Psychologie et d’Anthropologie seront fondus en un département unique au sein de l’UFR SHS, les départements d’Allemand, d’Anglais et d’Espagnol en un département unique de Langues étrangères au sein de l’UFR LLC et ainsi de suite.

Un séminaire vient à peine de se tenir à Yamoussoukro pour valider ces regroupements en présence de nos Doyens et autres directeurs scientifiques. En cette ère du LMD où de nouveaux départements et filières de formation se créent dans d’autres universités par la multiplication des spécialités, un projet aussi anachronique et contre les principes même d’un système universitaire va-t-il prospérer à l’UFHB, devenu un véritable laboratoire d’expérimentation des bombes académiques ?

Les enseignants-chercheurs et chercheurs de l’UFHB seront-ils assez courageux, une fois n’est pas coutume, pour s’opposer à ce processus d’involution d’un système qui pense d’abord argent avant de penser à l’académie et à la qualité de la formation ? Rien n’est moins sûr. Let’s wait and see comme le disent les anglais…

Dr TRAORE D. K.

Enseignant-Chercheur Université FHB

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