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Urgent-présidentielle-Geoffroy Kouao (politologue): «Nul ne peut prétendre gouverner la Côte d’Ivoire sans avoir réfléchi»

KOUAO GEOFFROY POLITOLOGUE ÉCRIVAIN ET LA PRESIDENTIELLE LEDEBATIVOIRIEN.NET

Il est auteur des essais à succès dans le maelström démocratique  ivoirien avec:

‘‘Côte d’ivoire : La troisième république est mal partie’’; ‘‘Et si la Côte d’Ivoire refusait la démocratie?’’; ‘‘Le premier ministre: Un prince nu. Reformer la nature du régime politique ivoirien’’; ‘‘2020 ou le piège électoral? L’indispensable réforme du cadre théorique, juridique et institutionnel des élections en Côte d’Ivoire’’; ‘Cote d’Ivoire: Une démocratie sans démocrates : La ploutocratie n’est pas la démocratie?’’

La veille du 1er jour du démarrage officiel de la campagne  à l’élection présidentielle d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire, Geoffroy Julien Kouao, écrivain et politologue était invité par le Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix (WANEP), pour co-animer un panel sur, «L’implication des jeunes pour une élection sans violences». Voici largement ce qu’il en dit.

«La Cote d’ivoire a un problème avec les élections en général et,  l’élection présidentielle en particulier…

En effet, en 1995, l’élection du président de la république a fait 30 morts. En 2000, le bilan de la crise poste électorale  était de 300 morts. En 2010, la crise électorale a occasionné 3000 pertes en vie humaine. A l’observation, à chaque scrutin présidentiel, le nombre de morts est multiplié par 10.  De ce qui précède, en 2020, l’enjeu de l’élection présidentielle est moins l’alternance ou la conservation du pouvoir que la problématique suivante :

Comment éviter qu’il ait 30.000 morts ? Malheureusement, On dénombre déjà une trentaine de morts avant la tenue du scrutin le 31 octobre 2020. Quel rôle pourrait jouer la jeunesse ivoirienne pour une élection sans violences avant, pendant et après le scrutin  présidentiel ?  Pour une meilleure articulation du sujet, j’aimerai d’abord définir les termes du thème à savoir la jeunesse et la violence électorale.

Selon l’institut national de la statistique, la jeunesse, en côte d’ivoire, est constituée par la tranche d’âge allant de 15 ans à 34 ans soit 35,5 % de la population, c’est-à-dire, près de huit millions de personnes. Si on y ajoute les moins de 14 ans, nous sommes à 77% soit 17 millions d’individus pour une population estimée de 23 millions d’habitants.

Quant à la violence électorale, elle est une variante de la violence politique. La violence électorale vise un double objectif : d’abord, influencer négativement la conduite des électeurs et des candidats, ensuite  travestir le résultat de l’élection.

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Le scrutin présidentiel est prévu pour le samedi 31 octobre 2020. Jeudi 15 octobre 2020, s’ouvre, en principe, la campagne électorale. Cette période sera un marqueur important pour une élection apaisée. La jeunesse doit y participer de façon constructive. A ne point douter, la jeunesse sera solliciter par les différents candidats pour les affichages, les cortèges, les meetings, la propagande électorale etc. Tout ceci doit se faire dans un climat apaisé, c’est-à-dire dans le respect de la différence. Les jeunes doivent éviter la violence verbale, c’est-à-dire, s’abstenir de tenir des propos injurieux envers les autres candidats relativement à leur physique, à leur appartenance communautaire, à leur état de santé, à leur situation sociale, professionnel, à leur âge etc.

Pendant cette période de campagne électorale, les jeunes doivent éviter la violence psychologique, qui consiste, par exemple, à empêcher les autres candidats d’avoir accès à certaines localités, à certains sites.

La jeunesse doit éviter la violence physique, s’abstenir de porter atteinte à l’intégrité physique des candidats, des électeurs, des partisans des candidats. La jeunesse doit s’abstenir  de détruire le matériel électoral, de déchirer les affiches, de saccager les sièges et quartiers généraux des partis politiques et des candidats.

Les jeunes ne doivent pas s’adonner à la violence structurelle. Celle-ci procède de la manipulation des leaders politiques, religieux, des cadres régionaux et des leaders de jeunes. Les jeunes ont une obligation de désobéissance aux consignes manifestement illégales venant des leaders politiques,  parce que remettant en cause l’ordre public et la régularité du scrutin.  Par exemple, si un candidat n’est pas d’accord avec les résultats, il doit suivre les voies légales de recours qui existent. Si par extraordinaire, il appelait les  jeunes à manifester dans la rue, ceux-ci devraient pouvoir le lui rappeler.

Enfin, les jeunes doivent s’éloigner de la violence numérique, c’est-à-dire, l’usage négatif des réseaux sociaux. Les jeunes ne doivent pas relayer les fausses informations, faire l’apologie de l’extrémisme électoral avec des slogans controversés et politiquement incorrects voire confligènes du genre, « on gagne ou on gagne », « c’est bouclé, c’est géré » « Un coup KO », bref, tout ce qui participe à discréditer les résultats du scrutin.

Pendant cette période électoral, les jeunes doivent être responsables et surtout  exigeants  envers les candidats et les formations politiques

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Les jeunes doivent inviter les candidats à se prononcer sur des questions pertinentes,  sur les grandes thématiques et les enjeux majeurs de la société ivoirienne. Quelles sont les valeurs sociétales que vous voulez porter ? L’identité nationale, l’ordre, la sécurité, la famille ou bien, la diversité, la tolérance, le libéralisme culturel, les droits ? Ce sont des questions fondamentales, existentielles pour une nation.

Nul ne peut prétendre gouverner un grand pays comme la Côte d’Ivoire sans avoir préalablement réfléchi sur ces thématiques et les introduire dans une vision politique.

La politique migratoire ne met-elle pas en péril l’identité nationale, au contraire  l’enrichit-elle? Pourquoi notre société est-elle devenue aussi anxiogène ?  Quelle doit être notre nouvelle politique sécuritaire ? Ce sont les réponses à ces questions dont ont besoin les ivoiriens et non qui est le candidat du RHDP, du PDCI-RDA ou du FPI ou encore  des ex-forces nouvelles ?

Quels sont les nouveaux modèles économiques, institutionnels, écologiques ou technologiques que les hommes et femmes politiques proposent pour donner une vision optimiste de l’avenir. Nos institutions sont –elles, suffisamment, fortes pour porter les exigences démocratiques ? Pouvons-nous valablement continuer cette politique libérale, capitaliste dans un Etat sans capitaux ? Quel est, en dehors des instruments internationaux, notre stratégie écologique, pourquoi nos villes sont toujours inondées et sales ? Notre politique écologique permet-elle d’optimiser notre potentiel agricole ? Comment tirer le maximum profit des avancées technologiques pour moderniser notre administration et réduire la pénibilité du travail ?  Ce sont les réponses à ces questions que les  jeunes ivoiriens veulent savoir et non des déclarations impolitiques pour rajouter à l’anxiété déjà grande des ivoiriens ?

En 2020, allons nous adopter une politique protectionniste, mettre en avant la souveraineté monétaire et budgétaire ? La mondialisation nous a-t-elle enrichit ou appauvrit ? Pouvons-nous concurrencer les multinationales sur le marché national, notre tissu industriel ne  va-t- il pas à son déclin ? Doit-on, oui ou non continuer avec le franc CFA soixante ans après notre indépendance ? Avons-nous la capacité, les ressources humaines pour gérer rationnellement une monnaie ? Quels sont les avantages et les inconvénients de notre sortie de la zone franc? La création d’une monnaie régionale sans le tutorat de l’ancienne puissance coloniale est-elle, économiquement viable ? Ce sont  les réponses à ces questions  qui font et donnent la stature d’homme d’Etat à un  homme ou à une femme politique et non sa capacité à exclure ses concurrents.

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Au niveau social, pour créer davantage de bien-être, allons nous mettre l’accent sur la propriété, l’entreprise, la fiscalité, la responsabilité ? Comment utiliser rationnellement la fiscalité pour inciter la création d’entreprise, subséquemment de nouveaux emplois ? Comment rendre nos entreprises nationales compétitives, comment susciter le goût de l’entreprise chez nos enfants qui sortent des écoles ? Voici des questions que se pose un homme ou une femme politique et non comment je vais tromper ou intimider tout le monde pour être président en 2020.

Toujours au niveau social, la question des salaires, celle des conditions de travail, la place du service public, la question de la sécurité sociale. Notre politique de la retraite n’est-elle pas obsolète, comment assurer une meilleure retraite  à nos concitoyens, l’âge de départ à la retraite est-il en adéquation avec nos impératifs budgétaires et d’emplois ? Nos services publics peuvent-ils continuer de fonctionner avec les règles adaptées aux services privés Comment mettre fin aux privilèges accordés aux dignitaires de l’Etat pour une meilleure répartition de la richesse nationale ?

KOUAO GEOFFROY POLITOLOGUE ÉCRIVAIN ET LA PRESIDENTIELLE LEDEBATIVOIRIEN.NETQu’est-ce qui explique la fragilité des infrastructures sociales, le code des marchés publics est-il d’actualité Quelles solutions aux grèves récurrentes dans le service public ? Voici un corpus de questions  auxquelles les hommes et les femmes qui aspirent diriger les ivoiriens en 2020 doivent dès maintenant répondre. Notre organisation judiciaire peut-elle garantir l’Etat de droit ?peut-on assurer l’égalité de tous devant la loi et assurer la protection des libertés et droits humains avec un sous effectif de l’appareil  judiciaire? Comment y remédier de façon structurelle ? Pour 2020, mesdames et messieurs, chers jeunes, mettons de côté la force et l’argent, donnons la priorité aux idées ».

 Par Geoffroy-Julien KOUAO

Politologue et Ecrivain

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