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urgent-Côte d’Ivoire: «Division dans la division, traditions corrompues par la criminelle politique politicienne, sont malmenées, voire bafouées» ledebativoirien.net

urgent-Côte d’Ivoire: «Division dans la division, traditions corrompues par la criminelle politique politicienne, sont malmenées, voire bafouées»

Tout va de guingois en Côte d’Ivoire. Et notre faillite totale n’est pas loin. Car, sans repère et sans boussole, le pays tangue sur des eaux tumultueuses. L’exercice démocratique, réduit, en effet, aux affinités ethno-religieuses, oppose les groupes ethniques. Et l’atmosphère reste électrique dans un jeu mal compris et non assimilé. Pis, nos communautés sont, elles aussi, à couteaux tirés. Manipulées par des intérêts qui les dépassent, elles se livrent des guerres fratricides dans le choix ou la désignation de leurs chefs de village et rois.

DECRYPTAGE

Nos traditions, corrompues par la criminelle politique politicienne, sont malmenées, voire bafouées au point que les luttes pour le pouvoir, au mépris de compromis dynamiques, sont devenues toxiques.  Et c’est une division dans la division qui met en péril, non seulement la cohésion nationale mais aussi la paix entre les membres d’une même communauté, qui se regardent en chiens de faïence.

Ainsi, chez les Baoulé, deux théories irréconciliables s’affrontent pour la succession au 12è roi, Nanan Kouakou Anougblé III, décédé en 2002 et inhumé le 7 mars 2016.

Et la lutte fait rage autour de la reine-mère, N’Ga Tanou Monique, baptisée Nanan Akoua Boni II qui a assuré la régence de la cour royale, et son fils utérin, Kassi Anvo Michel, nommé Majesté Ôtimi Anvo Kassi.  Pour les uns, “le fils de la reine actuelle ne peut pas hériter du trône“, si l’on en croit le ministre-gouverneur du district de Yamoussoukro qui, chef de canton Akoué, est baptisé Nanan Boigny N’Dri III.

Au dire de Louis Habonouan, conseiller spécial du Conseil du royaume baoulé chargé de la veille stratégique, “Akoua Boni II est certes la sœur du roi Anougblé III mais elle est la fille de Nanan Anougblé Akissi, dont elle hérite et la nièce du roi Nanan Anougblé II (décédé en 1958)”, a-t-il déclaré avant de poursuivre: “La reine Akoua Boni II n’ayant pas abdiqué en sa faveur, le prince Anvo Kassi, fils de l’actuelle reine, ne peut venir, pour l’instant, à l’héritage“.

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En revanche pour les autres, dont l’association des cadres et ressortissants de Sakassou, Nanan Akoua Boni II est disqualifiée.

D’une part, la reine Akoua Boni I, successeure de la reine Abla Pokou et deuxième au trône, aurait recommandé au peuple baoulé de ne plus mettre une femme sur le trône en raison des difficultés à respecter les rituels traditionnels d’adoration. D’autre part donc, la chaise royale, appelée Yassoua Bia, est un trône masculin en or massif. C’est une chaise de commandement qui doit être occupée par un homme et non une femme.

De ce fait, les rites, qui donnent à Nanan Kassi Anvo Michel la plénitude des attributs de la charge royale, ont été célébrés dans la forêt sacrée, à Sakassou. Mais sa cérémonie publique d’intronisation, le 28 mars 2019 au siège royal, a été empêchée par un détachement des agents des forces de l’ordre.

Car, le 22 février 2016, en pleines cérémonies funéraires, Nanan N’Goran Koffi II, chef du canton de Fahafoué, a présenté, au chef de l’État, Nanan Akoua Boni II comme la reine des Baoulé.

Et l’État a pris fait et cause pour la reine, malgré des vices de forme et de procédure, accusent les détracteurs. Nanan N’Goran Koffi II aurait transgressé les règles: il serait illégitime, car il ne serait pas un Djefoué, c’est-à-dire un garant de la protection du trône. De plus, ce n’est pas pendant les funérailles que l’on divulgue le nom du nouveau roi. La crise de la royauté baoulé s’est d’autant exacerbée que la lune de miel entre Alassane Ouattara, président du RHDP, et Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, a pris fin, entraînant une âpre lutte politique pour le contrôle du peuple baoulé, au détriment des règles coutumières.

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C’est également cette manœuvre pour aliéner l’institution royale à la solde de chapelles politiques, qui est à l’origine du blocage, chez les Abron ou Bron. Depuis le 10 août 1992, Nanan Koffi Yéboua, 16è roi, a tiré sa révérence. Et deux lignées, les Zanzan et les Yakassé, se disputent le trône.

En novembre 1994, pourtant, le prince Adingra Kouassi Adjemane a été choisi pour hériter du trône. Mais dans une crise coutumière et successorale complexe, Adjemane règne sans les attributs du roi (tabouret, sabre et or) qui confèrent la légitimité.  Car, en 1998, à la surprise même des autorités administratives, Kouassi Appia 1er  s’est fait investir. Et c’est ce monarque dit autoproclamé, qui dispose du trône et de la couronne royaux.

Ici aussi, la politique est omniprésente. Appia 1er , que reconnaissait le pouvoir de Laurent Gbagbo, est soupçonné de militer au FPI. Et Adjemane, du même village que Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’État et porte-parole du RHDP, est accusé de rouler pour le parti au pouvoir. Le 29 juillet 2015, dans le Zanzan, c’est lui qui a été présenté au président Ouattara, à sa visite d’État à Bondoukou.

Ainsi, les leaders communautaires à vocation apolitique sont entraînés à la politique, en en devenant, comme Nanan Amon Tanoé, président de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels, des acteurs. Et ces figures morales, qui devraient demeurer des références et des figures craintes, sont en train de tomber dans l’estime de leurs sujets et compatriotes, récoltant ce qu’ils sèment: les divergences et la division de leur communauté.

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by F. M. Bally

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