Farikou Soumahoro défie-t-il véritablement l’Etat ?
Farikou Soumahoro, maire de la commune d’Adjamé abritant l’un des plus grands forums des marchés en Côte d’Ivoire est dans l’œil du cyclone. Il est accusé de s'opposer au rachat du Forum d’Adjamé par l’État, mais aussi perçu comme celui qui défie l’État. Il est aussi accusé de piétiner l’héritage et l’action administrative de son prédécesseur Youssouf Sylla, précurseur du processus de rachat soutenu par l’ex ministre de l’Intérieur devenu premier ministre par la suite, Hamed Bakayoko, qui. Pourquoi Farikou ne serait-il pas pour le bonheur des commerçantes et commerçants, donc des populations. Une histoire complexe qui fait couler beaucoup d’espèces sonnantes et trébuchantes. Ledebativoirien.net retourne dans les immondices du forum des marchés d’Adjamé. Une affaire de milliards de FCFA dans cette grisaille.
Accusés levez-vous dans un dossier vieux de quinze ans
Tout commence en 1997. La commune d’Adjamé signe un contrat de bail à construction (BOT) avec la SICG pour édifier un centre commercial. Vingt-cinq ans plus tard, les loyers ne rentrent plus, les créances s’accumulent, le concessionnaire affirme ne plus parvenir à rembourser, ni investissements ni impôts. En 2010, une commission interministérielle est créée et là, il faut racheter le marché, éponger les dettes, créer un comité de gestion. Coût estimé à l’époque : 11,3 milliards FCFA.
« Cette proposition a retenu toute mon attention », écrit le 14 avril 2010, le ministre de l’Intérieur de l’époque au maire d’Adjamé Youssouf Sylla, qui a proposé à l’Etat de racheter et de céder à Adjamé pour la gestion afin de rentabiliser le marché, et mettre fin à une sorte de gestion opaque au détriment de tout le monde. Il convoque une réunion de travail pour le 5 mai 2010. Le processus est ainsi lancé par Desiré Tagro. Cinq ans plus tard, le dossier est toujours en souffrance et le 18 juin 2015, c’est Hamed Bakayoko, ministre d’État, ministre de l’Intérieur, saisit le ministre du Budget pour décrit l’échec de l’exploitation privée, la nécessité d’une intervention étatique, et réactive la solution du rachat.
Ce que dit le courrier qui soutient l’action de 2026
Il parle au ministre auprès du premier ministre, chargé du Budget. « Situation du Forum des Marchées d'Adjamé en vue de trouver une solution. Afin de se donner les moyens de renforcer ses actions de développement local, la commune de d'Adjamé a conclu, l9 avril 1997, avec la Société Ivoirienne de Concept et de Gestion (SICG), un contrat de bail à construction suivant le système "Build Operate and Transfert-BOT", portant sur la réalisation, à Adjamé, Boulevard Nangui Abrogoua, d'un bâtiment R+ 2 à usage de centre commercial et comprenant notamment des magasins.
Cette convention était signée pour 25 ans au terme desquels la pleine propriété des constructions réalisées par le Société Ivoirienne de Concept et de Gestion sur fonds propres sera transférée ou acquise à la commune d'Adjamé. L'exécution de ce contrat a permis à la société concessionnaire d'édifier, sur une superficie de quarante-cinq mille mètres carrées (45 000m2), le bâtiment avec sept mille mètres carrés (7000 m2) de parking et d'y installer, conformément aux clauses de la convention, des commerçants et de percevoir les loyers échus.
Face aux difficultés que le concessionnaire avait à recouvrer lesdits loyers, il a signé avec l'association des commerçants du march2 d’Adjamé (ACOMA), devenue par la suite Association des commerçants propriétaires des magasins du Forum d'Adjamé (ACOPROMA), une convention portant gestion et recouvrement des créances. Des incompréhensions profondes étant par le suite apparues être le promoteur et lesdits commerçants, l'exécution du contrat de bail à construction s'est trouvée sérieusement compromise du point de vue de la phase d'exploitation de l'ouvrage réalisé.
Il en est ressorti l’impossibilité, non seulement pour le promoteur de recouvrer ses investissements, mais également et surtout, pour la commune d'Adjamé d'atteindre l’objectif poursuivi, à savoir se donner les moyens de renforcer ses actions de développement local. De même, le concessionnaire s'est trouvé dans l'impossibilité d'assurer le paiement des divers impôts d'Etat dus.
Au regard de la situation ainsi décrite et afin d'y remédier de manière définitive et durable, il a été créé, en 2010, une commission spéciale chargée d'examiner ce dossier et comprenant les représentants de mon département ministériel (de l'Intérieur), de ceux des ministères du Commerce et de l'Economie et des Fiances ainsi que de la Commune d'Adjamé.
A l'issue des travaux, la commission a noté que la situation était assez préoccupante et qu'il fallait, conformément à la volonté des parties, à savoir la commune d'Adjamé et la Société Ivoirienne de Concept et de Gestion, que l'Etat intervienne pour racheter ce marché au concessionnaire et instituer un nouveau mode de gestion qui sera mis en œuvre par une Comité de gestion à créer. Ce Comité aura pour mission d'assainir les procédures de gestion dudit Forum, d'assurer le remboursement des fonds de l'Etat, d'apurer le reliquat dû à la société concessionnaire et de procéder, éventuellement, au remboursement d'une quote-part des recettes générées dans l'exploitation de ce Forum.
Le coût de rachat est estimé à onze milliards deux cent quatre-vingt-treize millions (11.293.000.000) de francs CFA, dont, six milliards deux cent quatre-vingt-treize millions (6.393.000.000) de francs CFA correspondant à l’estimation de la Commission spéciale sus citée, trois milliards (3.000.000.000) de francs CFA de frais financiers sur cinq (5) et deux milliards (2.000.000.000) de francs CFA de dommages. Au regard de la situation ainsi exposée, je vous saurais gré de bien vouloir vous en saisir, pour compétence », écrivait, le 18 juin 2025 le ministre Ahmed Bakayoko à son collègue du gouvernement. Quelle a été la réponse du ministre Abdourahamane Cissé, l’ex ministre du Budget à la sollicitation du ministre Ahmed Bakayoko ?
Onze ans plus tard, en 2026 qu'en-t-il de la situation du marché des forum d’Adjamé ?
Farikou sous les feux des critiques
Les accusations en direction du maire d’Adjamé Farikou, successeur de celui par qui l’idée du rachat du Forum des marchés d’Adjamé par l’Etat ivoirien est venue, font état de son opposition au rachat dudit Forum par l’État. Bloquant le processus avec sa casquette Fenacci (président de la fédération nationale des commerçants de Côte d’Ivoire) et de commerçants et en qualité de maire, il contredit son prédécesseur.
« Le montant, Farikou ne le sait pas, mais il parle. Les chiffres sont publics. Dès 2010, la commission spéciale les a fixés. En 2015, Hamed Bakayoko les rappelle : 6,293 milliards FCFA pour le rachat, 3 milliards de frais financiers, 2 milliards de dommages. Soit plus de 11 milliards Fcfa. Toutefois ce n’est pas sur cette base que l’État veut agir à présent, car les prétentions ont été revues à la baisse de part et d’autre. Farikou, qui prétend défendre les commerçants contre des « arrangements », sait très bien que ce montant initial de 11 milliards Fcfa qui n’est plus du tout à l’ordre du jour, n’est pas sorti d’un chapeau. Il est le fruit d’un travail interministériel validé par ceux qu’il vénère quand il a besoin d’eux.
Mais la vérité est qu’il ne s’agit plus de 11 milliards Fcfa. Le gouvernement a obtenu de payer moins, dans un contexte de sécurisation des investissements, dans le cadre des BOT et partenariats publics privés.
Brandir la menace de paralysie des marchés pour le seul cas d’Adjamé, ne suffira pas comme chantage. Etant le député maire RHDP ne confère pas l’impunité et ne donne aucun droit de troubler l’ordre public sous couvert de la FENACCI », soutient le groupement opposé à l’opposition du maire au rachat du Forum des marchés d’Adjamé.
« S’opposer à un processus initié par Youssouf Sylla, entériné par Hamed Bakayoko, et le faire au nom d’une « probité » qu’on attribue à d’autres, c’est plus qu’une contradiction : c’est une offense. Farikou Soumahoro n’est pas en train de défendre les petits commerçants. Il est en train de réécrire l’histoire à son avantage. Le problème, c’est que les courriers, les dates et les signatures, eux, ne changent pas. De même que les témoins et sachants », lâchent les vis-à-vis du maire d’Adjamé, Soumahoro Farikou.
Une autre secousse pour le maire d’Adjamé ? Où sont passés les 16 milliards FCFA de taxes du marché ?
Les détracteurs du maire Farikou Soumahoro croient savoir la racine de son opposition au projet de rachat du Forum des marchés d’Adjamé par l’État. Voici l’explication donnée. Dans le cadre du Build Opérate Transfert (BOT) qui a permis la réalisation du Forum des Marchés, il est prévu une clé de répartition des espaces. Ainsi la Mairie d’Adjamé a eu la part la plus importante du bâti, 70% des 45 000 m2, soit 30 000 m2. Sur cet espace, 5000 boxes de 3m2 et 1800 étals de 1m2 y ont été bâtis. Les recettes de taxes du marché attendus depuis 2002 par la Commune d’Adjamé sont de l’ordre de 700 000 000 (sept cent millions) FCFA par an réparties comme suit : 10 000 FCFA par boxe et par mois, 6 000 FCFA par étal et par mois.
Dans le cadre du rachat par l’État des droits de la Concession à SICG, un audit sera certainement fait pour déterminer les recettes attendues d’une part et d’autre part pour savoir ce qu’il en est de la partie gérée par la Commune d’Adjamé de 2002 à 2025, à savoir les 5000 box et les 1800 étals d’une part, sans oublier la partie des 600 magasins en vue de savoir qui a encaissé les loyers dus.
Il ressort de la Commune d’Adjamé et du Trésor que, sur les 700 millions Fcfa de taxes de marchés attendues par an, moins de 50 millions francs seraient collectés et reversés au Trésor public. Sur 24 ans, si l’on en croit la source, sur 16.800 milliards Fcfa, seulement 1.200 milliards FCFA auraient été reversés au Trésor public, au titre des taxes et redevances. A l’observation, avec une bonne gestion des fonds générés, le Forum des Marché d’Adjamé pouvait générer à lui seul 4 années de Budget à la Commune d’Adjamé, par an.
L’on s’imagine ce que 16 milliards FCFA auraient pu résoudre comme problèmes sociaux, éducatifs et sanitaires, s’il y’avait eu un bon recouvrement, indiquent les accusateurs de la mairie d’Adjamé. « Ce n’est pas du tout le rachat par l’État des droits de la Concession de SICG qui révolte Farikou Soumahoro, c’est plutôt l’audit, certainement qu’ordonnera l’État de Côte d’Ivoire qui inquiète.
La seconde raison cachée et qui inquiète Farikou Soumahoro, Président de la FENACCI, est celle de la présence illicite de 241 personnes dans les magasins gérés par la SICG à qui ACOPROMA et la FENACCI ont fait croire qu’ils sont devenus propriétaires. En 2010, dans le cadre de la procédure en revendication initiée par ACOPROMA devant le Tribunal de Première Instance d’Abidjan, l’association a déposé une liste de ses membres. Il s’avère que les 241 locataires connus de la SICG ont cédé en catimini leurs magasins sans l’accord de la SICG », explique-t-on.
Des dessous ACOPROMA et FENNACCI ?
Les informations collectées font état de ce que de nouveaux occupants, inconnus de la SICG, auraient versé des sommes allant de 15 à 30 millions Fcfa. Pour ces 241 magasins, le changement illicite des occupants a rapporté plus de 3,500 milliards de francs aux locataires connus par la SICG. Les premiers occupants avaient payé 5 millions de Pas de Porte par magasin. Soit 1.200 milliards. Et ils devaient payer un loyer de 75 000 FCFA par mois. Les membres d’ACOPROMA ont donc réalisé en un temps record 2 milliards FCFA de plus-value.
« Pour rassurer les nouveaux occupants, la FENNACCI et ACOPROMA leur ont fait t croire qu’ils sont propriétaires à vie et donc il n’y avait aucun loyer à payer à SICG. Le Tribunal a rejeté leur demande en revendication de la propriété depuis 2012 d’une part et d’autre part, si l’État s’installe, il imposera des règles de gestion au Forum. Les 241 victimes d’ACOPROMA et de la FENNACCI peuvent se dresser contre les responsables de ces 2 associations. Il y a donc urgence de mettre de l’ordre au Forum des Marchés d’Adjamé », explique-t-on.
Pour en savoir davantage sur les accusations à son endroit, la rédaction de Ledebativoirien.net a approché la mairie d’Adjamé. Voici sa posture de défense. A SUIVRE 2ème Partie
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HERVE MAKRE





