Chute des cours : filière Cacao ivoirien toujours dans  la  tourmente

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Le Conseil du Café-Cacao (CCC), régulateur de la filière cacao en Côte d’Ivoire, prévoit d’ores et déjà une crise de défauts de contrat, due aux spéculations de plusieurs grands acteurs locaux. Ces négociants n’honorent pas les achats convenus avec le CCC en amont de la campagne, à un prix bien plus élevé que le cours actuel.

Plusieurs figures du secteur cacaoyer, misant sur la poursuite de la hausse des cours, se retrouvent dans une situation très difficile après le retournement de conjoncture. Pour pallier les défauts de contrat, le Conseil café-cacao tente de parvenir à un accord avec elles.

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Entre avril et juin 2025, en prévente de la récolte de la campagne principale, démarrant en octobre, ces opérateurs avaient signé avec le gendarme de la filière des contrats d’achat de fèves entre 7 000 et 8 000 livres sterling la tonne (T), anticipant une hausse des cours.

Ils espéraient que la poursuite de la baisse des volumes récoltés pendant la grande campagne – en raison du changement climatique – et les prétendues tensions politiques liées à l’élection présidentielle allaient continuer de pousser les prix vers le haut. Or, à partir du mois d’août, c’est le contraire qui s’est produit, avec des cours en forte chute, autour de 5 200 livres la tonne, pour une livraison en décembre.

Les plus concernés selon les informations du Conseil du Café-Cacao par les défauts de contrat sont notamment Stéphane Apoque, de Kineden Commodities ; Anthony Fortez, de la Coopérative Nouvel Esprit de Kétesso (CNEK) ; Ludovic M’Bahia Blé, d’Asondo ; ainsi que Mamadou Bamba d’Ecookim, des figures du Groupement des négociants ivoiriens (GNI) ou du mouvement coopératif agricole.

Bien que dans la même situation, Mohamed Omaïs, le patron de la Société de commercialisation de café et de cacao(S3C), a décidé d’honorer tous ses contrats malgré les pertes.  Plus prudents sur leurs contrats avec le CCC, les négociants Africa Sourcing, Sonemat et Ecorigine, ne sont pas dans la même situation.

Négociations?

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Au dernier point des statistiques sur l’exécution des contrats, environ 150 000 à 200 000 T devraient manquer à l’appel à la fin décembre. Les deux ports cacaoyers du pays, Abidjan et San Pedro, sont proches de la congestion. Le Conseil du Café-Cacao tente de réguler au mieux les flux sur les deux plateformes. Il a reçu pour instruction qu’aucun cacaoculteur ne se retrouve avec sa récolte sur les bras.

Le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Yves Brahima Koné a autorisé sa filiale industrielle Transcao à procéder à des achats supplémentaires. Si la capacité importante de stockage de Transcao est estimée à plus de 200 000 T, les moyens financiers ne pourront pas suivre. Le régulateur aurait besoin de 900 milliards de francs CFA (1,37 milliard d’euros) pour racheter toutes les fèves des négociants en défaut.

Le CCC a entamé des négociations avec les sociétés concernées en cause pour s’accorder sur un échéancier afin de reverser les sommes dues au régulateur et à l’État. Pacôme Brad Harris Kipré, le directeur adjoint de la commercialisation extérieure, qui a signé la plupart des contrats avec ces opérateurs locaux, est sur la sellette, et fait le lien avec eux. Le gendarme de la filière privilégie pour le moment la discussion avant de brandir la menace de sanctions, qui peuvent aller jusqu’à la saisie des actifs des opérateurs en défaut et au retrait de leur agrément.

Grosse inquiétude chez les syndicats

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Le Syndicat National Agricole pour le Progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), a récemment expliqué difficultés causant le blocage de la commercialisation du cacao ivoirien, les raisons des difficultés actuelles liées à la commercialisation du cacao depuis un certain temps.

« Le système mis en place par le régulateur, le Conseil du Café-Cacao, bloque les messageries pour empêcher les coopératives et les exportations de tirer les connaissements »,  a-t-il dénoncé, ajoutant que la situation est observée à Abidjan, San-Pedro et dans les principales zones de production.

Aux dires du Président Koné Moussa, le cacao  de la grande campagne, payé à 2800 FCFA, est en train d’être traité comme celui de la campagne intermédiaire, ce qui entraînera d’énormes pertes pour les producteurs, a-t-il dit. Ces pertes qui pourraient être évaluées à des milliards si rien n’est fait, a prévenu le premier responsable du SYNAP-CI.

Afin d’éviter une telle situation comme celle de la mévente du cacao en 2016-2017, laissant les producteurs fragilisés une action d’envergure visant à documenter le blocage, exposer les difficultés rencontrées par les producteurs et alerter l’opinion nationale et internationale est annoncé par le syndicat.

A cet effet, des équipes du SYNAP-CI, accompagnés de commissaires de justice, sont déployés sur plusieurs sites où sont stockées des quantités de cacao destinées à la campagne principale, qui a débuté depuis le 1er octobre dernier et s’achèvera en mars prochain.

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Cette action se poursuivra durant le mois de décembre, « jusqu’à obtenir des solutions concrètes de la part des autorités compétentes et principaux acteurs de la filière avec des constats d’usages sur le terrain ». C’est dire que les fèves du cacao sont en crise en Côte d’Ivoire.

Ledebativoirien.net

GRACE  OZHYLLY


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