Extradition de Damiba vers le Burkina Faso : l’extraordinaire acte de méchanceté du président Faure Eyadema ?

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Sous le prétexte de « maintenir les fils du dialogue » avec les pays sahéliens, le président Faure du Togo a toujours affiché une proximité avec ceux-ci. Avec l’extradition de Damiba, la confiance en sa médiation s’effondre?

Faure Eyadema : un personnage sans aucune dignité ?

Depuis son exil au Togo, l’ex président de la transition burkinabè, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, qui avait renversé le président élu Roch Kaboré en Janvier 2022, avant d’être à son tour renversé par le capitaine Ibrahim Traoré en Septembre de la même année, faisait l’objet de fréquentes accusations de « tentatives de déstabilisation » de la part du régime burkinabè.

Extradition de Damiba vers le Burkina Faso : l’extraordinaire acte de méchanceté du président Faure Eyadema ?; Ledebativoirien.net

La dernière remonte au 03 janvier 2026, l’homme est de nouveau pointé du doigt, après que les autorités burkinabés ont annoncé « avoir déjoué un complot ». Des individus sont passés  » aux aveux » à la télé d’Etat, notamment trois commerçants et un militaire. Le pouvoir a aussi prétendu avoir « mené des arrestations » dans l’armée, sans pour autant donner le nom des officiers arrêtés.

Contrairement à ce qui se passe habituellement, l’affaire ne devait pas en rester là. A partir du 16 janvier, des informations sur l’arrestation et l’extradition de Damiba commencent à circuler dans la presse, des informations confuses qui laissent plutôt entendre que l’homme a quitté le Togo pour une « destination inconnue ».

On imaginait difficilement le Togo l’extrader vers le Burkina. Peu à peu, le flou se dissipe, les informations se précisent, l’homme a bel et bien été remis au Burkina. Le 19 Janvier, le gouvernement togolais confirme l’extradition, le lendemain c’est au tour du Burkina de « remercier les autorités togolaises pour la parfaite coopération judiciaire entre les deux États ».

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Depuis, c’est l’incompréhension et la sidération en Afrique de l’ouest. On ne parvient pas à expliquer le geste du gouvernement togolais. En effet si l’ex-président Paul Damiba était devenu « gênant », pourquoi ne pas lui avoir trouvé une autre terre d’exil comme c’est l’habitude en Afrique ?

C’est bien la première fois sur le continent, qu’ un pays extrade un président renversé qui avait trouvé refuge sur son sol, vers son pays d’origine, et surtout le remet à ceux qui l’ont renversé. Il n’y aucun antécédent en Afrique au geste du président Faure Eyadema.

La chronologie de l’affaire s’établit comme suit. Le 03 janvier le Burkina dénonce un complot et accuse Paul Damiba. Une procédure est engagée contre lui au tribunal de grande instance de Ouagadougou le 05 Janvier. Un mandat d’arrêt international est lancé le 06.

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Le désir du Burkina de voir extrader Paul Damiba restait compréhensible. En revanche le fait que la Togo ait donné
suite à cette requête s’explique difficilement. C’est une première en Afrique.

Le Burkina formule officiellement auprès du Togo une demande d’extradition le 12 janvier. Paul Damiba est arrêté le 16 janvier, passe devant une cour d’appel, et est extradé le lendemain 17 janvier.

Il n’y a qu’ une seule explication à une cette procédure accélérée, elle avait certainement été arrêtée depuis un moment entre les deux pays. Le complot prétendument découvert en début du mois de janvier, et qui a donné lieu à la demande d’extradition, était une mise en scène.

Le sort de Damiba fut scellé bien avant. On remarquera que dans les chefs d’accusation mis en avant par la justice burkinabé, il est poursuivi pour « détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux ». Nulle trace du complot découvert en janvier, qui a motivé la demande d’extradition, preuve qu’il était bien fictif.

Une question se pose à ce stade. Qu’a obtenu Faure dans en retour ?

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Paul Henri Sandaogo Damiba à sa prestation de serment comme président de la transition en Janvier 2022. Il est renversé en Septembre de la même année suite à dés revers successifs de l’armée. Le pire est à craindre pour lui aujourd’hui.

Le Burkina a toujours réclamé Damiba, si le Togo a enfin accédé à la requête, c’est qu’un élément nouveau est intervenu. Sur le plan économique le Togo tire déjà d’énormes avantages de sa proximité avec les trois pays sahéliens, ceux-ci font transiter l’essentiel de leurs échanges par le port de Lomé. Pour le Niger, c’est l’intégralité des échanges qui passe par ce port.

Sur le plan militaire, des exercices conjoints sont régulièrement organisés, en plus d’une coopération sécuritaire. Sur le plan des infrastructures, des projets communs sont planifiés. On a du mal à savoir ce que le Togo pourrait obtenir de plus.

L’extradition est-elle reliée au putsch manqué intervenu au Bénin le 07 Décembre dernier ? Le Colonel Pascal Tigri, cerveau du putsch, s’est d’abord réfugié au Togo pendant deux jours, avant d’être acheminé au Burkina où il réside depuis. Les trois capitales du Sahel ont certainement été démarchées par Faure. Le Burkina a peut-être accepté de le recevoir en échange de l’extradition de Paul Damiba. Cela reste une explication.

Quelles qu’en soient les raisons, Faure Eyadema aura fait preuve d’une extraordinaire méchanceté en livrant l’homme à des personnes pour qui il représente un danger existentiel. Le Togo prétend avoir reçu du Burkina  » les garanties d’un procès équitable, la préservation de l’intégrité physique de l’homme,  et la non-application de la peine de mort « . *

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La peine de mort a été réintroduite au Burkina, pour les « actes de hautes trahison ». Même sans y recourir, on peut aisément atteindre cet objectif en détention par divers moyens. Cela ne doit pas être bien difficile. Mis aux arrêts par la junte, l’ex-premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maiga est mort en détention en 2022.

« Que toute la rigueur de la loi s’applique sur Paul-Henri Sandaogo Damiba et ses complices. Zéro pitié, zéro clémence. La traîtrise et la déstabilisation doivent être sanctionnées de façon exemplaire et dissuasive« , a ainsi réclamé sur X la militante Nathalie Yamb, qui se fait désormais appeler « la chevalière de Niamey ». Cela en dit long sur l’état d’esprit des « panafricanistes », ces personnes qui disent lutter pour « la souveraineté du continent », des arguments dans la droite ligne des discours des juntes du Sahel. Le pire est à craindre pour Paul Damiba.

Douglas MountainLe Cercle des Réflexions Libérales

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