Le 12 juin 1958, à 17h03, un avion s’écrase en France. Le 26 septembre 1958, un homme s’éteint à Bouaké. Pourtant, l’État français affirme qu’il s’agit de la même personne. Entre poison, sabotage et raison d’État, enquête sur la disparition du lion de l’EDICI.
L’homme à abattre : la mission secrète de Paris
Pourquoi Sékou Sanogo, leader de l’EDICI (Entente Des Indépendants de la Côte d’Ivoire), représentait-il une telle menace ? Lorsqu’il embarque pour Paris en juin 1958, sa valise contient des explosifs politiques :
•Le refus de la balkanisation : Il portait le projet d’une Fédération Africaine unie, s’opposant à ceux qui voulaient des micro-États isolés mais faciles à contrôler.
•Les preuves de l’oppression : Il détenait des dossiers sur les exactions des milices du parti adverse dans le Nord et l’Est.
•L’alternative démocratique : Sanogo était le seul capable de faire dérailler le score de 99,9% prévu pour le référendum de De Gaulle.
La version officielle : le crash des Alpilles
Le 12 juin 1958, la version de l’administration coloniale tombe comme un couperet. •L’appareil : Douglas DC-3 (C-47), immatriculé F-BBAA, opéré par Air France. •Le trajet : Abidjan – Niamey – Marseille – Paris.
•Le drame : Pris dans un orage violent au-dessus du massif des Alpilles (Bouches-du-Rhône), l’avion subit une rupture structurelle et percute le sol. •Le rapport : Les notes de la gendarmerie de Tarascon décrivent un brasier. Les cercueils sont scellés immédiatement et renvoyés en Côte d’Ivoire. Identification formelle ? Impossible à l’époque.
la vérité de Bouaké : le scandale du 26 septembre
C’est ici que l’histoire officielle vacille. Selon l’actuel Président de l’EDICI Sékou Samba Koné et des témoins oculaires protégés par le secret des familles, Sékou Sanogo n’aurait jamais péri en juin.
•L’empoisonnement : Le leader aurait été empoisonné à Abidjan lors d’un dernier repas suspect. •La séquestration : Au lieu d’être dans l’avion, il aurait été maintenu dans une agonie surveillée dans une résidence à Bouaké.
•La date fatidique : Les témoins affirment qu’il a rendu l’âme le 26 septembre 1958, soit l’avant-veille du référendum.
Le calcul du complot : Annoncer sa mort en juin par un « accident » permettait de décapiter l’opposition trois mois à l’avance, tout en laissant le temps au poison de finir son œuvre dans l’ombre de Bouaké.
Le combat de l’EDICI : l’assaut pour la vérité
Aujourd’hui, l’EDICI exige que la lumière soit faite sur cette double chronologie. Le parti réclame l’accès à trois piliers de preuves :
1.-Archives du BEA (France) : Pour vérifier si les restes de Sanogo ont vraiment été identifiés dans le F-BBAA.
2.-Fonds Jacques Foccart : Pour débusquer l’ordre de « neutralisation » dans les notes des services secrets (SDECE).
3.-Expertise de la tombe de Bouaké : Une analyse ADN et toxicologique pour dater le décès et chercher des traces de métaux lourds.
Sékou Sanogo est mort deux fois : une fois dans le ciel de Provence pour l’administration, et une fois dans l’agonie de Bouaké pour son peuple. L’une de ces dates est un mensonge d’État. Pour l’EDICI, le crash n’était qu’un alibi pour masquer un assassinat politique visant à offrir à la Côte d’Ivoire un destin de parti unique.
Un duel de géants interrompu
En 1958, la Côte d’Ivoire est à un carrefour. D’un côté, Félix Houphouët-Boigny et le RDA. De l’autre, Sékou Sanogo et son parti, l’EDICI (Entente des Indépendants de Côte d’Ivoire). Sanogo n’est pas qu’un opposant ; il est le porte-parole d’une autre vision de l’Afrique, plus ancrée dans l’Union Française et portée par les élites du Nord et les réseaux commerçants de Bouaké.
Sa mort, survenue le 26 avril 1958 (certaines sources divergent vers septembre), intervient quelques mois seulement avant le référendum historique de septembre 1958. Un timing « trop parfait » pour ses partisans, qui y voient le signe d’une élimination orchestrée pour laisser la voie libre au parti unique.
Le choc des versions : Crise cardiaque ou crash aérien ? Le mystère Sékou Sanogo réside dans la dualité des récits qui entourent sa fin.
La thèse officielle : Le silence de Bouaké
Selon les registres de l’époque et les archives parlementaires françaises, Sékou Sanogo s’est éteint à Bouaké, son fief. On parle de « mort naturelle » ou de « circonstances non élucidées ». À 37 ans, l’homme était épuisé par des années de joutes électorales féroces. Pour l’administration coloniale, le dossier est clos : le cœur a lâché.
La thèse du rapport « X » : L’accident d’avion
Pourtant, un autre récit persiste dans certains rapports officieux et dans la mémoire de ses militants : Sanogo aurait péri dans un accident d’avion. Si aucune trace de crash n’apparaît dans les registres de l’aviation civile de l’AOF en 1958, l’idée d’une « mort venue du ciel » s’est enracinée.
Cette version s’explique par deux facteurs :
La paranoïa politique : dans le climat électrique de la décolonisation, une mort soudaine au sol paraissait trop banale. Un crash d’avion, plus spectaculaire, collait mieux à l’image d’un destin brisé par des forces obscures.
La confusion historique : À la même période, plusieurs leaders africains (dont Barthélemy Boganda en 1959) meurent réellement dans des accidents d’avion. Dans l’esprit populaire, le sort des grands opposants semble alors lié aux tragédies aériennes.
Aujourd’hui, l’EDICI, le parti qu’il a fondé, tente de sortir le nom de Sanogo de l’oubli. En exigeant sa réhabilitation officielle comme « Père de la Patrie », ses successeurs pointent du doigt les imprécisions des archives (la base de données de l’Assemblée nationale française indique même erronément 1962 comme date de décès).
Qu’il soit mort dans son lit à Bouaké ou dans un accident mythifié, la disparition de Sékou Sanogo a marqué la fin du pluralisme politique ivoirien pour les trente années qui suivirent. En perdant son « Vieux Lion », le Nord perdait son contrepoids face au Sud, ouvrant l’ère de l’hégémonie du PDCI. Plus qu’un fait divers, sa mort est le point de bascule où la Côte d’Ivoire est passée de la confrontation démocratique au consensus imposé.
L’Ascension d’un Leader (1921 – 1951)
Né en 1921, Sékou Sanogo émerge rapidement comme une figure intellectuelle et politique majeure. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il comprend très tôt que la force de la Côte d’Ivoire réside dans l’équilibre entre la modernité et la tradition.
•Le défenseur des terroirs : Il fonde l’EDICI (Entente Démocratique des Indigènes de la Côte d’Ivoire). Son ancrage est profond dans le Nord et l’Est (notamment à Bondoukou), où il devient le porte-parole des chefs traditionnels face à la montée du radicalisme politique.
•L’entrée au Palais Bourbon : En 1951, il est élu Député de la Côte d’Ivoire à l’Assemblée Nationale française. À Paris, il s’illustre par son éloquence et sa maîtrise des dossiers coloniaux.
La Vision : Le Fédéralisme contre la Fragmentation
Sékou Sanogo portait une vision géopolitique qui effrayait ses adversaires. Il était le champion du Fédéralisme Africain.
•Son refus : La « balkanisation » de l’Afrique. Il prédisait que si chaque colonie devenait un petit État isolé, elles seraient condamnées à la faiblesse et à la dépendance.
Le Duel des Géants
Dans les années 50, la scène politique ivoirienne est dominée par le duel entre le RDA de Félix Houphouët-Boigny et l’EDICI de Sékou Sanogo.
•Sanogo incarne une droite conservatrice, sociale et fédéraliste.
•Il dénonce les méthodes de pression des milices politiques et plaide pour un multipartisme réel. Son influence grandissante fait de lui l’homme capable de faire basculer le référendum de 1958.
Une Fin entourée de Mystères (1958)
Sa carrière s’arrête brutalement à l’âge de 37 ans, au sommet de son influence. Deux réalités s’affrontent sur sa disparition :
•La version officielle : Il meurt le 12 juin 1958 dans le crash du vol Air France F-BBAA (Douglas DC-3) dans les Alpilles, en France.
•La mémoire des siens : Il aurait été victime d’un empoisonnement politique et serait décédé le 26 septembre 1958 à Bouaké, après avoir été maintenu au secret.
Héritage : Le Silence et la Vérité
Après sa disparition, l’opposition ivoirienne s’effondre, ouvrant la voie à trente ans de parti unique. Sékou Sanogo a été « effacé » des manuels scolaires, mais son nom reste gravé dans la mémoire de ceux qui rêvaient d’une Afrique fédérale et démocratique.
Le dossier sur la « Balkanisation » de l’Afrique
Sékou Sanogo était un fervent défenseur du fédéralisme africain. Il transportait des documents et des notes de plaidoyer contre le projet de démantèlement des grands ensembles coloniaux (comme l’AOF) en petits micro-États. Il souhaitait remettre ces dossiers aux autorités françaises pour proposer une alternative à la loi-cadre Defferre.
Les preuves d’exactions politiques
En tant que leader de l’opposition, Sanogo aurait détenu des dossiers documentant les violences et les exactions commises par les milices du parti adverse (le RDA) dans les régions du Nord et de l’Est de la Côte d’Ivoire. Ces documents étaient destinés à interpeller l’Assemblée nationale française sur le climat de terreur qui régnait avant le référendum de septembre 1958.
Sa stratégie pour le référendum de 1958
Il transportait également des documents stratégiques concernant la position de son parti (l’EDICI) face au référendum proposé par le général de Gaulle. Il représentait une menace électorale réelle, capable de mobiliser une partie importante du pays pour un vote non conforme aux attentes de l’administration coloniale et de ses alliés locaux.
Des documents d’identité et parlementaires
De manière plus factuelle, les rapports de la gendarmerie de Tarascon sur les lieux du crash (le vol F-BBAA) mentionnent avoir retrouvé des documents personnels et parlementaires (carte de député, dossiers de séance) ayant permis, officiellement, d’identifier sa présence parmi les débris carbonisés de l’avion.
Pourquoi est-ce crucial pour l’enquête ?
La disparition de ces documents lors de l’accident (ou leur saisie éventuelle par les services secrets) est l’un des arguments majeurs des partisans de la thèse du sabotage. Pour l’EDICI, l’avion n’a pas seulement servi à éliminer l’homme, mais aussi à détruire les preuves compromettantes qu’il apportait à Paris.
Sékou Sanogo vit toujours
Leader incontesté de l’Afrique de l’Ouest Francophone, il est Citoyen non français, cadre intellectuel africain sorti de William Ponty de Dakar, son pays d’origine : la Côte d’Ivoire. Il naît le 1er Janvier 1921 à Dioulassoba (SÉGUÉLA, nord de la Côte d’Ivoire-Décédé le 26 Septembre 1958, à Bouaké ; ex-Grand Conseiller de l’AOF; ex-Conseiller Général de Séguéla; Ex-député de l’Assemblée Constituante Française (1951-1955).
1er homme fort politique de la Côte d’Ivoire (1946-1956); Père du Multipartisme et de la liberté d’expression en Côte d’Ivoire (1946-1949); Il crée la première coalition démocratique en CI🇨🇮, en 1950; Membre fondateur du RDA à Bamako; Fondateur et ex-secrétaire Politique de L’EDICI (31 Janvier 1949);
Candidat aux élections législatives du 17 juin 1951; Candidat aux élections législatives du 02 Janvier 1956; Auteur de la loi portant une meilleure amélioration des conditions de vie des anciens combattants Africains, mais refusée par le Gouvernement français sous Charles De Gaulle ;
Auteur de la loi portant organisation des élections municipales en Afrique francophone. Auteur de l’érection en commune de plein exercice la ville de Grand-Bassam et de Bouaké (1954); Auteur de l’organisation de la chefferie traditionnelle en Afrique francophone.
Auteur du projet de texte sur la transformation surplace des matières premières en Afrique. Toujours méconnu, il est oublié, parce que, effacé injustement par l’ex-régime PDCI, pour avoir refusé le projet du parti unique. Sa formation politique L’EDICI a repris le flambeau de sa réhabilitation, sous le leadership de Sékou Samba Koné.
Ledebativoirien.net
HERVE MAKRE

