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Yango et la misère des chauffeurs à Abidjan : « On travaille toujours avec l’argent de demain »-précarisation sans nom

Yango et la misère des chauffeurs à Abidjan : « On travaille toujours avec l’argent de demain »-précarisation sans nom; ledebativoirien.net

Arrivée en Côte d’Ivoire en 2018, Yango revendique aujourd’hui des dizaines de milliers de chauffeurs partenaires et une croissance constante. Selon son directeur pays, Kadotien Soro, la plateforme est devenue une véritable « superApp », intégrant transport, livraison et services logistiques. Pourtant, sur le terrain, de nombreux conducteurs peinent à vivre décemment de leur activité.

En quelques années, les Véhicules de Transport avec Chauffeur (VTC) ont profondément transformé la mobilité urbaine à Abidjan. Portée par des plateformes numériques comme Yango, cette révolution est souvent présentée comme une réponse moderne aux difficultés du transport en commun. Rapidité, accessibilité et confort séduisent des millions d’usagers.

Derrière cette vitrine technologique, se cache une réalité plus complexe, marquée par la précarité des chauffeurs et un cadre réglementaire fragile. C’est ce que révèle une enquête explosive du confrère ‘‘Le Perroquet Libéré’’.

Le modèle économique repose sur des partenaires intermédiaires, chargés de gérer les comptes des chauffeurs. Ces derniers doivent prépayer leur droit de travailler, via des rechargements soumis à une commission d’environ 18 %. « On travaille toujours avec l’argent de demain », confie Mamadou D., chauffeur VTC. Ce système crée une forte dépendance financière et expose les conducteurs à des pertes en cas de faible activité.

Sans contrat formel, sans sécurité sociale garantie et soumis à des charges élevées, beaucoup de chauffeurs se retrouvent dans une situation instable.

Selon les syndicats, certains sont contraints de contourner les règles pour survivre, notamment en prenant des clients hors application. Une pratique qui alimente les tensions avec les taxis traditionnels, soumis à des obligations plus strictes.

Sur le plan réglementaire, le décret de 2021 encadre pourtant l’activité des VTC. Mais son application reste inégale. L’Autorité de régulation du transport intérieur reconnaît elle-même les limites actuelles du dispositif, notamment en matière de fiscalité et de protection sociale. L’État peine à contrôler les flux financiers et à assurer une contribution équitable du secteur.

À ces enjeux sociaux s’ajoutent des préoccupations liées à la souveraineté numérique. La technologie de Yango est développée et contrôlée à l’étranger, et des questions persistent sur la gestion des données personnelles. En 2023, la plateforme a d’ailleurs été sanctionnée pour des pratiques jugées contraires à la législation ivoirienne.

Malgré ces critiques, Yango reste massivement utilisée. Pour de nombreux Abidjanais, elle constitue un « mal nécessaire », tant elle facilite les déplacements quotidiens. Mais l’enquête met en lumière un paradoxe, si la plateforme modernise le transport urbain, elle fragilise ceux qui en assurent le fonctionnement.

Aujourd’hui, le secteur des VTC se trouve à un tournant. Entre innovation, justice sociale et souveraineté économique, les autorités ivoiriennes sont appelées à renforcer la régulation, afin de garantir un développement équilibré et durable de cette nouvelle mobilité. Pour l’heure la direction de communication de Yango, ne livre aucun élément allant dans le sens de  l’humanisation des conditions de ses chauffeurs.

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