Côte d’Ivoire-le général Gaston Ouassenan un témoin s’en va: un coup dur au monde de la littérature ivoirienne

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Gaston Ouassenan un témoin- » L’officier de la gendarmerie à la belle plume  ». Tel pourrait être le titre d’un livre biographique sur le Général Gaston Ouassenan. Auteur de deux romans à la trame captivante,  » Aller retour  » et L’homme qui vécut trois vie  », Gaston Ouassenan est classé parmi la deuxième génération des écrivains africains dont les œuvres sont étroitement liées à l’influence de la colonisation française sur la vie des intellectuels noirs.

Côte d’Ivoire-le général Gaston Ouassenan un témoin s’en va: un coup dur au monde de la littérature ivoirienne  ledebativoirien.netL’annonce du décès de ce brillant officier de la gendarmerie nationale, l’un des collaborateurs attirés du premier président ivoirien Houphouët-Boigny, est aussi un coup dur porté au monde de la littérature ivoirienne. Au-delà des grands services qu’il a rendus à son pays, l’on pourrait reprocher au général Gaston Ouassenan de n’avoir pas livré à la postérité son témoignage sur la triste parenthèse de l’affaire  » Kragbe Gnagbé  », pour avoir été mis en mission par le gouvernement ivoirien en vue de mater  » la révolte des guébié  ». L’histoire doit être écrite  par les sachants dit-on…

un grand témoin de l’histoire  » Kragbe Gnagbé  »

Des livres sur cette affaire, il y en, mais au caractère idéologique, parce que foncièrement impartial. C’est également la raison pour laquelle ils sont  sommes, nombreux les Ivoiriens  à reprocher au ministre feu Léon Konan Koffi de n’avoir pas écrit sur l’affaire  » Kragbé Gnagbé  » pour exposer sa version des faits.  L’histoire d’une nation est en grande partie entretenue par les témoignages écrits de ses, tristement ou célèbres, fils », s’exclame Eka Djama.

« La Côte d’Ivoire a une histoire construite par périodes lumineuses mais aussi par des moments sombres. Par plusieurs fois, l’éléphant d’Afrique s’est retrouvé à genoux par le fait de plusieurs crises à caractère politique. Une partie sombre de cette histoire politique est mise en lumière et marquée par des actions mais surtout par des hommes qui ont joué à tort ou à raison leur partition », commence à écrire relate Cyrille Y, un observateur de la société  ivoirienne.

Côte d’Ivoire-le général Gaston Ouassenan un témoin s’en va: un coup dur au monde de la littérature ivoirienne ledebativoirien.net La première révolte de la Côte d’Ivoire indépendante fut en 1970 dans la région de Gagnoa, plus précisément dans le canton Guébié d’où est originaire Maurice Kakou Guikahué  PDCI). Le chef de cette révolte s’appelait Kragbé Gnagbé. Le peuple Guébié est un sous-groupe ethnique Bété originaire de Côte d’Ivoire. Il est établi dans les régions de Lakota et de Gagnoa.

C’est en juillet 1935 que Kragbé Gbagbo naquit à Sassandra ville historique où son père Gnagbé François travaillait au service de l’administration coloniale. Kragba Dogba François est le vrai nom du père de Kragbé Gnagbé, fils de Zogoua Kragba Opadjélé est natif de Gaba village de la sous-préfecture de Gagnoa dans le canton Guébié.

Son nom de combattant était également Gnagoua Abi, véritable bagarreur de son temps. Il était toujours vainqueur au bord du fleuve Sassandra où la lutte était véritablement installée dans le sable blanc. C’est tout jeune qu’à la recherche du bien-être, Kragba Dogba François ou Kragba Gnagouo François s’installe à Sassandra.

La culture néo va influencer son nom qui deviendra Kragbé Gnagbé en lieu et place de Kragba Gnagouo. Voici donc le père qui se marie selon la tradition du canton Guébié à Wiho Christine originaire de Diagnoa, un autre village proche du village de Gaba toujours dans le canton Guébié. A Fresco d’Abord et à Sassandra ensuite où le couple s’installe, va naître Kragbé Gnagbé Madeleine, puis Kragbé Gnagbé Jean Christophe.

Ce garçon, véritable turbulent portait le nom de son grand père Zogouo Kragba Opadjlè. C’était un véritable guerrier du village de Gaba. Il avait combattu durant toute sa vie avec sa lance qui n’avait aucune pitié pour les ennemies. Des guerres qui tournaient autour des terres à conquérir. D’où le surnom de Opadjlè », dévoile Cyrille Y.

 dans l’histoire de Kragbé Gnagbé ou  de le révolté du  PANA

Côte d’Ivoire-le général Gaston Ouassenan un témoin s’en va: un coup dur au monde de la littérature ivoirienne ledebativoirien.netEn 1970, dans le Guébié, un canton situé à l’ouest de la Côte d’Ivoire, près de la ville de Gagnoa, une révolte, en réponse à l’interdiction d’un nouveau parti politique, le PANA (Parti National Africain), a été sévèrement réprimée et aurait fait environ 4 000 morts (chiffre sujet à polémique).

Des archives montrent que ceci fut un épisode unique dans l’histoire de la jeune république de Côte d’Ivoire. En effet, après des études à Dakar, puis en France où il est influencé par le socialisme et le panafricanisme, le jeune économiste Kragbé Gnangbé revient en Côte d’Ivoire où il tente sans succès de monter un parti révolutionnaire, panafricaniste, socialiste et national, le PANA (Parti Nationaliste Africain), qui est rapidement interdit par le jeune gouvernement ivoirien, tenu d’une main de fer par Félix Houphouët-Boigny.

D’abord considéré comme farfelu par les autorités, le mouvement social-nationaliste soulève au contraire l’intérêt de jeunes Ivoiriens dans tout le pays, provoquant l’inquiétude du régime. Traqué par la police, Gnagbé réagit en prenant le maquis à Gagnoa, en plein cœur du pays bété, où il est soutenu par plusieurs centaines de partisans, avant de proclamer une éphémère « république d’Eburnie ».

Côte d’Ivoire-le général Gaston Ouassenan un témoin s’en va: un coup dur au monde de la littérature ivoirienne ledebativoirien.netLe gouvernement ivoirien de l’époque réagira quant à lui avec une grande fermeté contre cette tentative, quelque peu utopique, d’insurrection démocratique et populiste et il est mortellement blessé dans les affrontements qui suivront. Au cours de cette riposte militaire du gouvernement du président Houphouët-Boigny, Kragbé Gnagbé est  arrêté et fait prisonnier.

« Décédé mystérieusement dans la deuxième quinzaine du mois de décembre 1970, il est impossible d’affirmer avec exactitude comment Kragbé Gnagbé est mort, tant les informations sont rares sur le sujet ; les témoins au nombre desquels, Léon Konan Koffi et Gaston Ouassénan Koné (tous  les deux  aujourd’hui décédé) tels des initiés, gardent le secret enfoui dans les profondeurs de leur conscience», relate Cyrille Y. Il n’y aura rien de bien précis sur  les dernières heures de cet intellectuel révolté.

Malgré les aspects idéologiques et populistes de l’initiative de Gnagbé, cet épisode aide surtout à comprendre le sentiment d’isolement depuis longtemps ressenti dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Les deux  vrais témoins Léon et Gaston de cet épisode ont refusé d’écrire. Ils ont partis.

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Grace Ozhylly

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