Laurent Gbagbo dans ses vieux  habits : « Si tu penses quelque chose pour ton pays, il faut parler. Même si on te frappe, on te met en prison, il faut parler »

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Il a retrouvé toutes ses sensations des années 1990  au retour du multipartisme. Et c’est Lakota  qui  le replonge dans cette d’il y a  plus de 30 ans. Laurent Gbagbo remobilise les siens. « Il faut avoir le courage de parler, de dire ce que vous pensez », déclare  l’opposant  historique Laurent Gbagbo. Suivez avec  ledebativoirien.net son appel.

« (…) Je l’ai toujours dit, Lakota, c’est chez moi.

Permettez-moi de saluer la mémoire de mon jeune frère, mon ministre d’État, ministre de l’intérieur, Boga Doudou Émile. Les gens parlent des choses sans savoir de quoi ils parlent. Celui qui a été le premier à être assassiné, je dis bien, assassiné, c’est Boga Doudou Émile. Ils sont allés chez lui, j’étais en Italie, ils l’ont froidement abattu.

Quand je suis arrivé d’Italie, j’ai trouvé Lida qui n’était plus dans sa maison parce qu’on avait cherché aussi à le tuer. Lida était chez-moi, dans ma maison. Ohouochi Clotilde était chez moi. Toute la famille de Boga Doudou était chez moi parce qu’ils avaient tous échappé à la mort. Alors, les gens parlent, ils parlent, mais est-ce-que nous on peut parler ? Rires. Ce n’est pas pour rien que j’aime cette phrase des VDA ici présent. Est-ce-qu’on peut parler ?

laurent gbagbo à lakota parle ledebativoirien.net

Quand j’étais à La Haye, en prison, puis à Bruxelles, chez ma femme, je regardais les gens faire le procès de la mort de Gueï Robert. Ils ont tué Gueï Robert et je suis allé l’enterrer. Mais comme j’étais venu ici, à Neko, pour enterrer Boga Doudou, alors pourquoi vous faites, les procès pour un sans faire de procès pour l’autre. Le premier qui a été tué est bel et bien, Boga Doudou Émile. Et là, je ne suis pas passé à Neko parce que, avant que je ne me retourne, sa maman était déjà décédée. Mais j’ai fait déposer des gerbes de fleurs sur sa tombe.

Lida, tu m’as dit que les parents veulent que je vienne ici, leur rendre. Il faut leur dire que c’est Oui. Je viendrai faire une tournée dans le pays dida, à Divo, à Guitry, Lakota. Je viendrai faire cette tournée. Nous conviendrons de la date et puis on va faire ça. Je dois aux parents qui ont souffert surtout vers la côtière. Mais, les rebelles ont assassiné sauvagement les gens dans 6 villages. Il faut que j’y aille pour leur dire Yako. Il faut que je revienne et on va programmer.

N’écoutez pas les diviseurs

Chers frères du PDCI-RDA, qui êtes venus à cette fête, qui est aussi la vôtre parce que nous étions en liste commune, je vous salue. Je vous remercie d’être là. Vous savez, dans une communauté, il y a toujours des diviseurs. N’écoutez pas les diviseurs. Écoutez les rassembleurs. Si on ne rassemble pas, on n’arrive à rien. Je suis heureux d’être à Lakota. J’ai salué la mémoire de Boga Doudou Émile. Je voudrais saluer les gens du quartier Dioula parce que c’est une partie de ma famille. J’ai ma cousine germaine qui a été élevée par mon père. Elle était mariée au Dioulabougou ici. Elle est restée longtemps mariée ici. Quand je dis que Lakota, c’est chez moi, c’est tout ça. Je reviendrai pour vous visiter.

Aujourd’hui, je voudrais vraiment féliciter le jeune Prince Arthur, parce qu’il a combattu le bon combat. Et il l’a combattu de la bonne manière. Quand nous étions devant nos postes de télévision, Nady m’a dit : « ce jeune va gagner à Lakota ». Il va gagner parce que la manière dont il est rentré à Dioulabougou, avec sa moto, les dioula vont voter pour lui. Parce qu’elle-même est dioula. Félicitations !

Ils ont arrêté un jeune, Stive Bico

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Écoutez chers amis, on est venu à une fête mais à fête, on parle et quand on parle on dit quelque chose. Que vais-je vous dire ? Que vais vous dire ? Je répète ici à Lakota, qu’il faut libérer les prisonniers politiques et militaires. Je répète ici à Lakota, qu’il faut les libérer. Or, qu’est-ce-que j’apprends ? J’apprends qu’en plus de ceux qui avaient été arrêtés, et dont nous réclamons dans cesse la libération, ils ont arrêté un jeune, Stive Bico en Mauritanie. Non seulement, on l’a arrêté, mais on a envoyé un avion de la flotte présidentielle pour le chercher.

Qu’est-ce qu’il a commis comme crime pour qu’on déplace un avion présidentiel pour aller le chercher ? Qu’a-t-il fait pour qu’on lui envoie un Grumman, avion dans lequel je suis souvent monté, parce que j’étais président, menotté ? Ça veut dire qu’il a dû commettre un crime abominable. On dit c’est parce que sur Facebook, il critique des gens. Non ! Non ! Ça ferait pleurer si c’était cela.

Donc il faut qu’on nous dise ce qu’il a fait. Prendre l’avion du président de la République pour aller chercher quelqu’un qu’on met menotté dans l’avion du président, pour le renvoyer en Côte d’Ivoire, c’est qu’il a fait quelque chose de très grave. Ce n’est pas les petites insultes. Qui n’a jamais été insulté ? Nous, on nous insulte tous les jours sur Facebook. Parce que je vous ai dit, moi quand quelqu’un m’insulte, au lieu de le mettre en prison, je l’insulte aussi et je continue mon chemin.

Mais là on déplace un avion présidentiel pour le ramener. Je ne comprends pas ça. Et jusqu’à présent, on ne sait pas où il est. Il paraît qu’ils ont arrêté un autre qui serait militant du PPA-CI, qui est jeune plus deux militants de Soro. Enfin, on arrête ! On arrête ! Gouverner ce n’est pas arrêter des gens ! Gouverner, ce n’est pas mettre de gens en prison. Moi, j’ai fait 10 ans comme président de la République, je n’ai pas mis une seule personne en prison. Parce que ça ne sert à rien.

Si quelqu’un t’a fait quelque chose, tu déposes plainte contre lui, et puis les gens vont voir là-bas. Mais tu le prends, tu le mets en prison et tu les caches. Donc, je m’insurge, notre Parti s’insurge contre toutes ces arrestations qui se font sans norme, ni règle à tel point que la Maca d’Abidjan, ils ont changé le nom. Ils ont nommé ça maintenant le PPA, Pôle Pénitentiaire d’Abidjan. Ça veut dire que maintenant, c’est nous qui allons remplir ça quoi ? Rires ! Quand même ! Moi j’aime beaucoup l’humour, mais quand l’humour est noir comme ça, c’est trop triste.

Les jeunes, on ne peut pas tout faire pour vous

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Chers jeunes, vous voyez Dalli Prince. Dalli vient, ils vont te voir. Vous le voyez, quand nous avons fait la première fête de la Renaissance, à Yopougon, le lendemain nous avons fait une réunion avec les jeunes, au Palais de la culture, à Treichville. J’ai dit aux jeunes, que notre devoir, c’est d’ouvrir la porte aux jeunes. C’est de donner la chance aux jeunes, pour qu’ils puissent eux-mêmes, trouver les portes du salut. En voilà un ! (Applaudissements). Parmi les candidats que nous avons choisi, nous avons choisi beaucoup de jeunes et en voici un qui a réussi à Lakota et je suis venu le féliciter.

Les jeunes, on ne peut pas tout faire pour vous. Mais, si on vous met sur vélo, c’est à vous de savoir pédaler pour avancer. Dalli, nous on l’a désigné mais c’est lui qui a battu sa campagne et qui a été élu. Donc ne croyez pas qu’on va acheter le vélo, on va vous prendre, vous mettre sur le vélo, et qu’on va maintenant pousser le vélo et le tenir. Non, non, non. Si on vous met sur un vélo, pédalez pour avancer. C’est ça le travail du PPA-CI avec les jeunes.

La prochaine fête de la Renaissance, nous la ferons à Agboville et le thème, ce sera «les femmes» Parce qu’il faut voir dans la société ceux qui sont handicapés, brimé, et parler d’eux pour qu’ils puissent s’en sortir. Aujourd’hui, les jeunes et les femmes sont brimés. Il faut que nous aidions. Regardez la population, regardez nos parents, le travail du cacao, du café, ça n’intéresse plus les jeunes. On n’achète pas le cacao à un bon prix. Quand j’étais président, on a acheté le cacao à 1200 FCFA le kilogramme.

Et là, j’ai vu tout le monde aller faire des plantations de cacao, de café. On a acheté l’hévéa à des prix intéressants. Tout le monde est allé faire l’hévéa. Mais aujourd’hui, tu vas nettoyer sous les caféiers, cacaoyers. Et au moment d’acheter, on te donne un papier, un reçu. Au lieu de te donner de l’argent, on te donne un reçu. Il n’y a plus d’argent. Et il y a quelqu’un qui dit que l’argent circule. Ah bon ? Ça circule où ? L’argent travaille où ? Ça travaille où ? Pour que ça travaille, il faut que ça passe par la poche des gens. L’argent qui travaille, c’est l’argent qui passe par la poche des gens. Si l’argent ne passe pas dans la poche des gens, c’est que ça ne travaille pas.

Donc l’injustice est revenue.

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Chers amis, nous sommes venus fêter la victoire de Prince Dalli mais il a gagné. La loi sur laquelle il a gagné, elle a été écrite et présentée par Boga Doudou. C’est la loi sur la décentralisation. Et Boga, nous avions compléter cette loi pour que toute la Côte d’Ivoire soit décentralisée. Ici à Lakota, quand tu fais 2, 3, 4 villages, ils sont dans la commune. Donc ils bénéficient des investissements de la commune. Mais quand tu dépasses le quatrième, les autres villages ne sont plus dans aucune commune, ni ici, ni à Lakota, ni à Gagnoa, rien !

Mais pourquoi, mon voisin qui est là, va bénéficier d’un investissement de la commune et moi pas. Pourquoi ? On n’est pas de la Côte d’Ivoire ? Donc j’avais fait un décret pour que tous les villages de Côte d’Ivoire soient dans une commune. C’était en 2010. Quand on m’a arrêté en 2011, en 2012, ce décret a été supprimé. Donc l’injustice est revenue. Et c’est cette injustice que nous revivons encore.  Il faut supprimer cette injustice. Il faut que tous les villages et tous les citoyens soient dans tes communes. Tant que cela n’est pas fait, l’injustice n’est pas réglée.

Mes chers amis, écoutez bien, regardez bien, je suis heureux que les gens de Lakota soient massivement avec moi. On se comprend eux et moi. Être amis ne suffit pas. Il faut regarder les programmes. Qu’est-ce-que les gens proposent ? Qu’est-ce-qu’ils veulent faire ? Qu’est-ce-qu’il veut faire de ma vie, de mon travail ? Je veux changer construire ma maison. Est-ce-qu’il peut me laisser construire ma maison ? C’est toutes ces questions qu’il faut se poser. Nous, en 2024, le PPA-CI publiera son programme de gouvernement. Vous allez voir, regarder. Il faut regarder à tous les autres de publier leur programme et vous allez comparer. Merci à Dalli, merci à son grand frère Lida. Les forces de l’ordre, je vous dis merci parce qu’il y a des fois où quand les forces de l’ordre ne sont pas là, ce n’est pas facile hein.

Je vous dis vraiment merci. Vous savez, j’ai été au 2ème  bataillon de Daloa, 2ème  compagnie de Séguéla et puis, j’ai été à l’EFA, qui était à Bouaké à l’époque qu’ils ont transférée après à Yamoussoukro. Chaque fois qu’un homme politique doit venir, mobilisez-vous parce que vous évitez beaucoup de drames au pays. Je vous remercie du fond du cœur.

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Les chefs de terres, traditionnels, j’ai même vu le chef de Mama, qui est venu, qui est là. Je vous dis merci. Merci de vous être mobilisés. Maintenant, le petit qui a été élu maire, c’est votre petit, vous les chefs traditionnels. Si vous avez quelque chose à lui dire, appelez-le et dites le-lui au lieu de lui tourner le dos et le critiquer et faire des plans derrière lui après. Non ! Je vous serez très reconnaissant. Les chefs religieux, je vous salue aussi. Vous avez dit des prières et la pluie a cessé. Merci à vous. Voilà ! Merci à vous tous, vous toutes.

N’ayez pas peur !

Les jeunes, puisque c’est une fête des jeunes, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! Parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont peur d’affronter la vie. Alors, il y en a qui se vautrent dans la drogue, dans l’alcool. Non ! Laissez ça. Ça ne va pas vous emmener quelque part. Nous, quand nous étions jeunes, c’était le Parti unique. On ne parlait pas hein. Quand tu veux parler, on dit « Hooo, Houphouët, il traverse les murs, il voit tout ». Mais nous sommes quelques-uns qui n’avons pas eu peur. Et nous avons parlé.

Moi quand je travaillais, j’enseignais, j’ai commencé à travailler avec les Boga Doudou, mais Boga Doudou était encore étudiant. J’étais jeune. Et ce sont des jeunes qui n’ont pas peur qui ont changé le pays. Qui ont emmené le multipartisme, les élections. La première élection que j’ai faite contre Houphouët, j’ai eu 18%. Les gens ont ri mais j’ai fait l’élection. Au moins on ne dira pas qu’il y a eu un candidat unique. C’est pourquoi j’aime la chanson des VDA. Est-ce-qu’on peut parler ? (Rires).

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Tout le problème se trouve là. Est-ce-que je peux parler ? Parce que si tu as peur, tu ne parles pas. Mais si tu penses quelque chose pour ton pays, il faut parler. Même si on te frappe, on te met en prison, il faut parler. C’est parler qui change les choses. La première fois quand Houphouët m’a vu. Il est assis et puis il me regarde. Il dit : « C’est toi ?». Je lui réponds : « C’est moi. Monsieur le président, c’est moi. Si je vous ai blessé, je m’excuse mais il fallait que je parle ».

C’est « il fallait que je parle » qui nous a mis ici, avec la victoire de Prince Arthur Dalli. Oumar Bongo m’a appelé au Gabon quand j’ai fait l’élection contre Houphouët et il me dit : « Tu ressembles à ta figure dans la télévision mais petit tu dois avoir des “gbé” ». Je lui ai dit : « Non, j’ai du courage ». (Rires). Il faut avoir le courage de parler, de dire ce que vous pensez.

Les jeunes, ayez le courage de dire ce que vous pensez. Ayez le courage de dire ce que vous voulez. Si vous ne dites rien, personne ne saura ce que vous pensez ou voulez et ça va mourir en vous. Les jeunes et les femmes, vos silences sont souvent cruels pour vous-mêmes. Ne vous taisez pas quand vous avez quelque chose à dire. Les vieux, vous avez installé votre fils Prince Arthur Dalli, je vous le confie, je vous le donne. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Que Dieu bénisse Lakota ». Ainsi a  parlé l’opposant  historique Laurent Gbagbo, ancien Président de la République de  Côte d’Ivoire et ancien  prisonnier.

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