Abidjan-CCSR-Gros Scandale financier: Alassane Ouattara va-t-il sauver le soldat Ago Christian? Le coordonnateur  au cœur d’un détournement sans visage

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Le gouvernement ivoirien inquiété par un sens élevé des principes fondamentaux de  justice et profonde culture avérée des règles de bonne gouvernance, préalable à la construction de l’Etat moderne et émergent est au pied d’un autre mur avec cette affaire à la CCSR. Sur plusieurs cabinets qui ont œuvré  à la réinsertion des ex-combattants qui ont causé des milliers de morts en Côte d’Ivoire, seulement 14 cabinets ont pu trouver la force de dénoncer les pratiques d’un autre âge dans la gestion des fonds destinés à tiers.

cabinets desarmement com

C’est la pratique en terre ivoirienne depuis une décennie. Les bailleurs fonds ou l’Etat ivoirien financent des projets confiés  à des structures publiques. Des travaux sont exécutés par des opérateurs économiques privés sollicités.

Au terme des actions, par une alchimie dont  ils ont le secret, les dirigeants desdites structures publiques à travers des arrêtés ou ordonnances suscités, les dissolvent ou changent  de dénomination, et là, débute du calvaire des  opérateurs économiques. Ils ne peuvent  plus et  ne doivent  même  plus entrer en possession de ce qui leur est dû. Ils ne peuvent  plus avoir accès dans leurs fonds engloutis dans l’activité en question. C’est ce qui se prépare  minutieusement du côté de  la CCSR dans le cadre de projets de réinsertion des ex-combattants exécutés  par des cabinets après appels  d’offres…

Il commence donc à se passer quelque chose sous le crane du premier responsable de la Cellule de Coordination de Suivi et Réinsertion-CCSR, Ago Christian, dont la structure, dans quelques jours fermera ses portes pour déclarer la fin des activités. Une cérémonie pour  jouir des fruits des semences est même annoncée. Et pour cause, plus de 700 millions de FCFA destinés  à des  opérateurs privés sous le coup de poursuites judiciaires, qui par des banques, qui par des employés vont être en toute quiétude empochés par l’équipe du bon coordonnateur. Avec des complicités côté de  la présidence  ivoirienne ? Reste encore  à savoir.

De quoi s’agit-il au CCSR?

GBAMELE
le porte-parole, GBAMELE Joseph

C’est qu’à la sortie de la crise militaro-politique en Côte d’Ivoire, près d’une décennie, il était apparu impérieux pour les nouvelle Autorités ivoiriennes sur conseil de  la communauté  internationale d’inscrire la question de la sécurité nationale au cœur de leur politique.

Ainsi, après la mise en place d’un Conseil  National de Sécurité présidé par le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, une réflexion impérative liée à la situation des ex-combattants dans une approche plus globale s’est imposée.

Ce qui s’est traduit par la création par décret le 08 aout 2012 de  l’Autorité pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réinsertion (ADDR), dirigée par Monsieur Fidèle SARRASSORO. Une structure reconnue  dès lors comme l’unique organe national ayant pour mission d’orienter, coordonner, superviser et effectuer le suivi de l’exécution des travaux de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants issus des crises survenues depuis 2002.

La mise en place de cet organisme et le démarrage effectif de ses activités ont consisté dans un premier temps à l’ouverture de bureaux régionaux et antennes locaux mais également, au recrutement de partenaires techniques, aptes à mener des activités opérationnelles, telles :   assurer le suivi-encadrement des activités de réinsertion de certains bénéficiaires notamment ceux ayant fait le choix d’activités commerciales, artisanales ou autres métiers dans le cadre de la resocialisation.

Des cabinets et ONG ont donc, été sélectionnés à cet effet,  pour la plupart,  par une procédure d’appel d’offres afin d’accomplir  des missions spécifiques libellées dans des contrats de prestations  proposés  et dument signés entre ces structures de mise en œuvre  et l’ADDR.

Voici les taches concédées qui consistaient  entre autres:

La prise de contact et l’identification de chaque bénéficiaire des listes de référencement mises à disposition par l’ADDR ; La constitution des dossiers physiques pour chaque bénéficiaire référencé ; L’identification et l’évaluation du site d’installation de son activité proposé par le bénéficiaire; La confirmation du projet et l’élaboration de plan d’affaire de l’activité choisie par le bénéficiaire

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L’assistance au bénéficiaire dans l’accomplissement des formalités d’ouverture de son compte bancaire ; La coordination des opérations de paiement des tranches du filet de réintégration en relation avec les responsables locaux de l’ADDR et de l’institution financière ;

L’assistance au bénéficiaire pour l’acquisition de l’équipement utile à son activité après perception de la première tranche du filet de réintégration. La formation par le coaching individuel ou par groupes d’activités. Le suivi de la mise en place et de la conduite de son activité sur une période minimale de trois(03) mois. L’élaboration de 03 rapports d’activité à l’intention de l’ADDR.

Dans la pratique au CCSSR

La réalisation de ces taches  a exigé pour les cabinets impliqués,  la mobilisation de moyens logistique, technique et humain considérables, acquis  souvent sur la base d’engagement pris vis-à-vis  de fournisseurs, prestataires ou autres employés.

Aux termes du contrat, la prise en charge de chaque bénéficiaire sur une période des trois (3)  mois d’activité,  par la structure de suivi-encadrement était facturée à Soixante-quinze mille (75 000) francs CFA payable en deux tranches :  25 000 F CFA pour la constitution des dossiers physiques du bénéficiaire à payer après la transmission des dossiers physiques à l’institution en charge du DDR. 50 000 F CFA pour le suivi après  production du Rapport final par le cabinet

Dans un premier temps, tous les  travaux exécutés par les structures d’implémentation ont été régulièrement rémunérés jusqu’au mois de mai 2015. Cela,  selon une procédure classique qui consistait à l’analyse des documents exigés et des  rapports d’activités produits et  la  validation de ceux respectant le canevas proposé par l’ADDR et dont les informations relevés s’avéraient conformes dans  le fonds  aux  données  certifiées   par les équipes locales de l’ADDR.

ADDR AGO

Par ailleurs, des évaluations périodiques permettaient à l’Institution en charge du DDR,  d’actualiser la liste  ou les zones d’actions  des structures de suivi-encadrement.

Bonjour, le début du calvaire avec le CCSR: les paiements revendiqués portent  sur des activités étendues sur la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2015

Mais depuis la période indiquée mai 2015,  jusqu’à ce jour, le processus  de réinsertion des ex-combattants est marqué par des difficultés liées au paiement des factures des travaux exécutés au titre de leurs contrats. Pourtant, des vagues  de bénéficiaires leur étaient régulièrement imputées, et celle-ci traitées (ex-combattants référencés payés, suivis et encadrés dans la mise en place et la conduite de leur activité de réinsertion) ainsi que  les rapports d’activités produits par les équipes-projets  transmis et validés par les responsables du DDR.

Le  mardi 15 mars 2016, Monsieur AGO Christian, le nouveau Coordonnateur de la CCSR en remplacement de Fidèle Sarassoro,  convie toutes les structures (cabinets et ONG) concernées par le retard incompréhensible de paiement des factures des travaux exécutés à une rencontre à laquelle, il a affirmé que les Fonds alloués au règlement de l’ensemble de leurs  factures avaient été dorénavant mobilisés, ce sont 3 milliards de FCFA.

 Mais, pour bien faire, il annonce qu’il compte diligenter un audit avant de libérer ces paiements aux ayants droit. L’audit annoncé est effectivement réalisé et les résultats communiqués aux cabinets, en juin 2016. Des résultats induisant des taux de prélèvements de 15 à 40 % sur les cumuls des factures initiales. Initiative difficilement acceptable par les  cabinets et ONG. Mais, les résultats de l’audit  ne font cependant pas objet de contestation. «Vues les nombreuses difficultés auxquelles ces structures étaient déjà confrontées et dans l’espoir que les paiements dus seront immédiatement réglés », indiquent les infortunés.

ago christian

Cependant, et en dépit de tout cette bonne disposition des membres des structures de suivi,  de ne faire aucune entrave au processus en acceptant tous, les contraintes imposées  par le premier des coordonateurs nationaux du DDR, les  factures des prestations effectuées resteront à ce jour encore non réglées.

Et ce, après 14 mois d’attente complétant à 26 mois d’activité sans rémunération. Et, cela, deux (2) mois après la fin du mandat de la CCSR et à  quelques jours de la fermeture définitive de ses portes,  à  la fin du mois d’août 2016. Soit  un cumul de ^plus e 700 millions FCFA.

Ouattara va-t-il sauver le soldat Ago ?

Alors qu’en juin 2016, le super coordonnateur Ago Christian, faisait savoir aux responsables des cabinets qui ont servi l’Etat ivoirien en participant  à la resocialisation des ex-combattants, que la reprise des différentes factures émise à l’effet de leur  paiement en tenant compte des ponctions faites eu égard aux irrégularités constatés après l’audit ne serait qu’un simple jeu. Ce qui fera par exemple pour certains cabinets devant bénéficier de 50 millions FCFA à  refaire une nouvelle facture avec un nouveau montant de 20 millions, perdant au passage et simplement 30 millions FCFA.

Toutes  les démarches  menées par des représentants des structures concernées  pour une rencontre d’information avec un  responsable du DDR,  sont restées  à ce jour sans suite. Pour toute réponse face  à cette situation intolérable considérée à du vol, le coordonnateur à quelques jours de la révérence de sa structure trouve  ingénieux d’annoncer aux différents cabinets, le 24 août 2016 qu’il ne sera  plus en mesure de payer les sommes dues. Scandale.

Alassane Ouattara
ledebativoirien.net
Alors que la communauté internationale dont, l’Union Européenne en prime reconnait au DDR ivoirien un modèle exemplaire aussi bien dans  sa conception que dans sa mise en œuvre au regard des résultats réalisés, les responsables de structures  d’implémentation du suivi-encadrement  vivent dans l’angoisse de l’incertitude du règlement des factures  de plusieurs mois d’activité.

La situation de plus en plus précaire des cabinets d’encadrement et de suivi des projets de réinsertion fragilisés par des passifs cumulés de diverses natures,  reste alarmante.

Ce sont plusieurs mois d’impayés de salaires des employés et  de loyers de bureaux, le non-respect de nombreux  engagements avec des Institutions de financements et autres créanciers privés. Source de menaces d’expulsions, de saisines de matériels logistiques et autres biens ou d’interpellations judiciaires de  responsables de cabinets.

Voici que ces  Responsables des Cabinets et ONG recrutés dans le cadre de l’appui à la  réinsertion des ex-combattants des crises ivoiriennes réunis au sein d’un collectif des structures de suivi-encadrement de projet de réinsertion des ex-combattants exigent simplement :

L’annulation pure et simple des résultats de la dernière évaluation menée par les équipes de la CCSR et de ses effets financiers sur le cumul des factures à payer à chaque structure;

La prise en charge immédiate par le paiement effectif de l’intégralité des factures dues au titre des travaux de suivi-encadrement des ex-combattants conformément aux engagements contractés par les responsables  en charge du DDR en Côte d’Ivoire. Une  situation qui met en mal  l’existence  des jeunes  structures qui travaillent  résolument   à résorber à cette échelle, l’épineux problème de l’emploi des jeunes en Côte d’Ivoire, axe majeur de la politique de Président de la République, Alassane Ouattara.

Certainement que le super coordonnateur Ago Christian, reste dans l’attente du retour du chef de l’Etat, présent à la 6ème édition  du TICAD au Kenya, pour le démarrage effectif du paiement des factures des cabinets qui ont Suivi et  réinséré plusieurs dizaines de  milliers d’ex-combattant. Le président Alassane  Ouattara pourra-t-il mettre fin  à cette pratique qui n’honore pas la Côte d’Ivoire qui  court vers l’émergence?

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HERVE MAKRE

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